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Asile, un droit. l'accueil, un devoir?

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1 août 2014 5 01 /08 /août /2014 17:24

GISTI

Des larmes de crocodile sur le sort des chrétiens d’Irak ...

pour masquer la fermeture des frontières à tous les persécutés du Proche-Orient.

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La décence aurait voulu qu’au moins ils se taisent. Est-ce la gêne devant leur propre incurie qui a poussé Laurent Fabius, le ministre français des affaires étrangères, et Bernard Cazeneuve, son collègue de l’intérieur, à s’exprimer le 28 juillet ? « La situation des Chrétiens d’Orient est malheureusement dramatique », ont-ils observé. « La France est révoltée […] ». « Nous venons en aide aux déplacés qui fuient les menaces de l’État islamique et se sont réfugiés au Kurdistan. Nous sommes prêts, s’ils le souhaitent, à en favoriser l’accueil sur notre sol au titre de l’asile. Nous avons débloqué une aide humanitaire exceptionnelle pour leur porter assistance ». Pas un mot sur la Syrie. Et pas la moindre considération pour les victimes de confession musulmane, les fidèles de multiples minorités confessionnelles ou les athées. Le Proche-Orient serait-il soudain limité à l’Irak et aux chrétiens ?

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L’ennui de cet affichage d’une solidarité sélective, c’est que, dans les faits, ce gouvernement ne fait rien ou presque pour les personnes en quête de protection, pas plus les chrétiens que les autres. Pour mieux verrouiller les frontières à celles et à ceux qui demandent un visa, il a ôté le pouvoir de décision aux diplomates pour le donner en catimini au ministère de l’intérieur. Et l’on ne compte plus les refus opposés aux Syriens et aux Irakiens, toutes confessions confondues.

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L’ennui, c’est que lorsque le HCR exhorte sans relâche les États européens à ouvrir leurs portes aux réfugiés syriens (presque trois millions ont fui leur pays depuis 2011), le président de la République annonce solennellement , fin 2013, que la France en accueillera… 500. Six mois plus tard, moins de cinquante personnes ont bénéficié de ce programme. Et pour éviter toute arrivée spontanée, le gouvernement français impose depuis 2012, au nom de la lutte contre l’« afflux massif de migrants clandestins », un « visa de transit » aux Syriens – y compris chrétiens – pour les empêcher de solliciter l’asile en France à l’occasion d’une escale aérienne.

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Dans ce contexte, les déclarations du gouvernement français à l’égard des chrétiens d’Irak, non seulement sont peu crédibles, mais masquent mal le calcul : d’une part, aux yeux d’un État avare de sa protection des persécutés, et qui prépare une réforme en vue d’une politique plus restrictive encore de l’asile, mieux vaut évidemment faire mine de se préoccuper des minorités que des majorités ; d’autre part, sans doute mieux vaut-il aussi manifester une sympathie vertueuse à l’égard d’une religion culturellement dominante en France pour éviter de se mettre à dos la partie la moins tolérante de l’opinion hexagonale.

Oui, MM. Fabius et Cazeneuve auraient dû se taire.

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Retrouver le communiqué en ligne : http://www.gisti.org/spip.php?article4697

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Rémy Kossonogow - dans national
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30 juillet 2014 3 30 /07 /juillet /2014 00:18
Le HCR appelle l'Europe à enrayer les tragédies maritimes de migrants et de réfugiés

Publié intégralement ici http://www.unhcr.fr/53d11606c.html

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GENEVE, Suisse, 24 juillet (HCR) –Le HCR a appelé jeudi à une action européenne urgente pour enrayer la hausse des décès en mer parmi des réfugiés et des migrants, après que plus de 260 personnes aient trouvé la mort ou soient portées disparues dans leur tentative de traverser la Méditerranée vers l'Europe, pour la seule période des 10 derniers jours.

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Les survivants ont signalé des faits troublants de noyades en masse, de suffocations et un épisode de violence présumé avec de multiples coups de couteau, peut-on lire dans un communiqué du HCR publié à Genève. Le décompte macabre porte déjà à 800 le nombre total de décès en mer cette année, comparativement à un total de 600 décès pour toute l'année 2013, et de 500 en 2012.

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« La mort de 260 personnes en moins de dix jours, dans des circonstances effroyables, est la preuve de l'intensification de la crise en Méditerranée », a déclaré António Guterres, Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés. « Les Européens doivent mettre en œuvre des mesures urgentes pour éviter que cette catastrophe ne s'aggrave encore durant la seconde moitié de 2014. »

…/…

Plus de 75 000 réfugiés et migrants sont déjà arrivés en Italie, en Grèce, en Espagne et à Malte par la mer durant la première moitié de 2014, soit 25% de plus que les 60 000 personnes qui avaient effectué ce même voyage durant toute l'année 2013, et plus de trois fois plus que les 22 500 personnes arrivées en 2012.

L'Italie a reçu la majorité des arrivants (63 884), suivie de la Grèce (10 080), l'Espagne (1 000) et Malte (227). Par ailleurs, déjà 21 000 réfugiés et migrants sont arrivés en Italie depuis le 1er juillet 2014. Beaucoup venaient de l'Érythrée, de la Syrie et du Mali. La plupart ont embarqué en Afrique du Nord, et principalement en Libye.

…/…

António Guterres s'est félicité des efforts menés par l'Italie et par Malte. Il a également déclaré que les Etats européens doivent intensifier leur assistance. Il a appelé les gouvernements à renforcer les opérations de sauvetage, à fournir un accès rapide aux procédures d'asile pour les personnes ayant besoin de protection et, enfin, à offrir des alternatives légales aux traversées maritimes périlleuses.

…/…

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Rémy Kossonogow - dans européen
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29 juillet 2014 2 29 /07 /juillet /2014 00:12

Analyse publiée le 21 juillet 2014 par ADA http://ada-grenoble.org/10-association-ada/84-reforme-dui-ceseda-nivele-rabote-arase-que-reste-t-il-du-droit-d-asile

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La réforme du Code de l'Entrée et du Séjour des Etrangers et du Droit d'Asile est en frémissement depuis plus d'un an.

Le Ministère de l'Intérieur a produit un pré-projet de loi le 10 juin 2014, destiné à être discuté en Conseil des Ministres le 23 juillet 2014, et à être présenté comme projet de loi devant l'Assemblée nationale.
Cette réforme est dictée par l'obligation faite de transposer les nouveaux textes européens: directive "qualification" du 13/12/11 (obligation de transposition au 21/12/13), et directives "accueil" et "procédure" du 26/06/2013 (transposition au 21/07/2015). La volonté de toiletter le CESEDA procède d'une intention louable. Elle offre une "refonte" du livre VII du CESEDA, intégrant également des décisions du Conseil d'Etat, et clarifiant des couches successives de réformes.

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Cependant sur les principes et surtout sur des points techniques encadrant l'examen des demandes, cette réforme traduit un raidissement et un net recul sur les garanties procédurales, combinés à des moyens chroniquement sous évalués. Deux points majeurs sont l'objet d'inquiétudes profondes: le caractère d'exception de la "procédure prioritaire", devenue "procédure accélérée", est renforcé avec la disparition des dernières garanties devant la Cour nationale du Droit d'Asile; le droit au séjour disparaît totalement pour tous les demandeurs d'asile, au profit d'un "droit au maintien sur le territoire" aux contours mal définis. Enfin, la réforme se contente des mesures "a minima" proposées par les directives, vidant les quelques garanties avancées de leur substance. Alors que le pré-projet se dit issu de quatre mois de consultation nationale sur l'Asile aboutissant au rapport Létard-Touraine du 28/11/2013, il n'en reprend aucune des conclusions ni des préconisations. Tout cela pour ça…

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Si on attendait encore le changement, on ne peut être que déçus par cette continuité dans le pire. La réforme vise avant tout à réaliser des économies – de façade puisque dans le fond elle entraînera plus de dépenses – et à répondre au discours à la mode qui invoque une augmentation du nombre de demandeurs d'asile et veut que notre système soit "à bout de souffle" – un discours qui en réalité ne manque pas d'air: sur les 6 premiers mois de 2014, le nombre de demandeurs d'asile est en diminution en France, et sur le long terme la demande reste stable.
Le gouvernement doit retirer de ce projet les dispositions les plus toxiques, sous peine d'asphyxier définitivement le droit d'asile.

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Une réforme des procédures qui tend vers un amoindrissement des garanties
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Le pré-projet de loi présenté en Conseil des Ministres vise à transposer les directives refondues en 2011 et 2013.
Il remet en cause des principes fondamentaux de la demande d'asile, et amoindrit gravement les garanties d'un examen approfondi et personnalisé des demandes dans le cas des "procédures accélérées".

a) Remise en cause du principe fondamental du droit au séjour, et de son corollaire, la liberté de circulation sur le territoire français
- Les demandeurs d'asile ne sont plus admis au séjour mais relèvent d'un "droit au maintien sur le territoire français", sans aucune des garanties liées au séjour en terme d'accès aux droits. Le document proposé (une attestation de dépôt de demande d'asile valable 6 mois) n'offre aucune garantie.
- Les conditions d'accueil évoluent, et l'OFII est maître d'œuvre: il décide de l'hébergement au niveau national, et verse l'ATA qui varie en fonction de la structure de famille. Quitter l'hébergement sans autorisation entraîne le retrait de ces droits.

- L'OFPRA peut clore le dossier des demandeurs d'asile s'ils quittent sans autorisation leur lieu d'hébergement plus de 48h. Ceci relève d'une assignation à résidence ou à un cantonnement.
- Aucune provision n'est prise quant au droit au travail (accessible dans un délai de 9 mois selon la directive).
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b) Inégalité de traitement dans la procédure avec le renforcement des procédures accélérées
- Plus de critères conduisant à une procédure d'examen accélérée: sur décision de la préfecture (en contradiction avec les dispositions de la directive européenne qui prévoit une autorité unique) pour les POS, les demandes abusives frauduleuses abusives ou dilatoires, ou les demandes irrecevables (émanant d'une personnes bénéficiant d'une protection internationale), et sur décision de l'OFPRA pour les demandes jugées infondées.
- Des conditions d'examen devant l'OFPRA moins sécurisante (obligation de signer l'entretien durant l'audition, contrairement aux procédures normales)

- Introduction d'une procédure accélérée devant la Cour nationale du Droit d'Asile: délai de 2 semaines pour le dépôt d'un recours (1 mois pour la procédure normale), passage devant un juge unique (pas d'assesseur HCR et Etat), délai de traitement de 4 mois maximum.

- Introduction de la notion d'irrecevabilité d'une demande de réexamen, ou d'une demande d'asile émanant d'une personne reconnue réfugiée dans un Etat membre ou un Etat tiers (le Conseil d'Etat dans un arrêt de décembre 2013 avait limité cette possibilité si la protection n'était pas effective).

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La réforme, loin de proposer des dispositions plus favorables comme l'enjoignent les directives, s'en remet entièrement aux critères émis par la directive Procédure de 2013 sensés être des dispositions minimales, soit une aggravation des critères par rapport à la situation actuelle.

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c) Des garanties sans garantie

- La réforme, à l'instar de la directive, met en avant la notion de vulnérabilité (accès au logement et aux droits, possibilité d'annuler une procédure accélérée pour le personnes vulnérables) sans définir de critère de vulnérabilité, et s'en remet entièrement à l'OFII et à son service médical – au risque d'introduire une surenchère à la torture.

- Présence d'un conseil au cours de l'audition à l'OFPRA (directive procédure), mais aucune spécification de son rôle, de la prise en charge financière du conseil (aide juridictionnelle, présence des associations…)
- Mise en avant des critères de fraude (mentir sur les documents, le trajet, l'identité…) sans renforcer les garanties lors de l'accueil en préfecture notamment (présence d'un interprète, information écrite dans une langue comprise par les personnes…)

La réforme proposée du CESEDA ne fait qu'accroître les pouvoirs des préfectures, dans l'orientation vers une procédure et dans le contrôle des flux.

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A ces dégradations s'ajoute l'absence d'effort sur les conditions d'accueil.
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Le dispositif d'hébergement reste dramatiquement sous évalué. Le nombre de places en CADA est insuffisant (553 places en Isère, dont 80 places en "accueil temporaire"). Les demandeurs d'asile sont exclus de l'hébergement d'urgence "demandeurs d'asile" (HUDA: La Relève, PHU de l'ADATE s'ils n'ont pas un droit au séjour (expulsion du logement dans le délai d'un mois après un rejet OFPRA). Ils sont également exclus de l'hébergement d'urgence accessible par le 115. L'ADA évalue à un maximum de 1300 le nombre de personnes entrées en qualité de demandeur d'asile depuis 5 ans et concernées par un hébergement précaire ou sans hébergement aucun.

La création de 2000 places de CADA supplémentaires en 2014 au niveau national est sans commune mesure avec les besoins réels. Le rapport des Inspections Générales d'avril 2013 préconisait dans un but d'économies et d'efficacité de créer 10000 places supplémentaires de CADA (35000 contre 25000 prévues pour 2014).
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La régionalisation de la demande d'admission au séjour des demandeurs d'asile (avril 2009, Grenoble est responsable pour l'Isère, la Savoie, la Hte Savoie et la Drôme) relève d'une logique de réduction budgétaire (moins de personnel par préfecture, moins de bornes EURODAC), mais entraîne des coût supplémentaires bien plus conséquents: complexité administrative, accroissement net du nombre de demandeurs d'asile dans les préfectures d'instruction, charges (transport, traduction…) supplémentaires pour des associations non financées. La régionalisation s'accompagne d'une inégalité de traitement entre les territoires, puisque les "plateformes d'accueil des demandeurs d'asile" financées et pilotées par l'OFII (La Relève en Isère) sensées intervenir pour toute une région n'agissent en réalité que pour le département dans lequel elles sont basées.

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Résultat: les préfectures sont tentées par des stratégies de dissuasion (limitation du nombre de places en hébergement, complications pour l'accès aux démarches, multiplication des procédures prioritaires) pour limiter l'attractivité de leur territoire – et ça marche: baisse de 4,5% des 1ères demandes en Isère en 2014.
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La proposition de réforme du gouvernement Valls n'est rien de moins qu'un nivellement par le bas, puisque dans son esprit et comme sa lettre, nombre de propositions et de mesures ne présentent qu'une version basse des directives européennes – un raidissement des dispositions d'un CESEDA pourtant déjà bien sévère. Pourtant, ces mêmes directives ne cessent d'exiger des Etats Membres que les dispositions nationales plus favorables soient maintenues et que la protection des droits des demandeurs d'asile et des réfugiés ne soit pas affaiblie par le droit européen, et que leur interprétation assure une effectivité réelle des droits des demandeurs.
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Ce rabotage est une déception pour toutes les associations et tous les réfugiés. Il met en péril le droit d'asile en France et donne un mauvais signal à l'Europe. Il est encore temps d'en sortir par le haut, et au gouvernement de revoir sa copie. Il reste encore quelques mois, et la concertation de l'automne 2013 ne manquait pas d'idées!

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Rémy Kossonogow - dans point de vue
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28 juillet 2014 1 28 /07 /juillet /2014 00:04

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23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 07:21

CFDA - Coordination française pour le droit d’asile

L’architecture globale du projet de loi présenté aujourd’hui au conseil des ministres montre clairement que les associations n’ont pas été entendues lors de la concertation nationale de 2013. La Coordination française pour le droit d’asile (CFDA) est inquiète du contenu de ce projet de réforme : les quelques améliorations cachent difficilement la suspicion et la volonté de contrôle pesant sur les demandeurs d’asile. Elles se traduisent par des dispositions dangereuses et incompatibles avec le droit d’asile.

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Certes, le projet de loi apporte des garanties, par ailleurs imposées par le droit européen, telles que l’accès aux conditions d’accueil pour tous les demandeurs d’asile, le droit, pour un plus grand nombre, de rester sur le territoire le temps de la procédure d’appel, la possibilité de la présence d’un tiers lors de l’entretien devant l’OFPRA, ou encore la prise en compte de la composition familiale dans le versement de l’aide financière.

Mais de sérieuses régressions viennent ternir ces quelques avancées. Ces régressions reposent sur une lecture déconnectée des difficultés quotidiennes des demandeurs d’asile, rendus responsables par le gouvernement des dysfonctionnements du système :

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  • les cas d’examen accéléré des demandes et les cas d’irrecevabilité sont multipliés. D’office, ou à l’initiative des préfets ou de l’OFPRA, la procédure d’asile pourra être écourtée. Les demandeurs d’asile ne disposeront pas de suffisamment de temps pour préparer leur demande ;
  • le projet crée un dispositif d’hébergement « directif » s’apparentant de fait à une assignation à résidence généralisée sous prétexte d’une meilleure répartition territoriale : la personne demandant l’asile ne pourrait quitter son lieu d’hébergement plus de quarante-huit heures sans autorisation du préfet au risque de perdre le bénéfice de toute aide et de voir clos l’examen de son dossier par l’OFPRA ;
  • en attribuant à l’Ofii la gestion de ce dispositif d’accueil et la détection de la vulnérabilité, le projet crée une confusion dangereuse entre les missions de protection sociale et sanitaire et les activités de surveillance et de contrôle d’une population ;
  • à l’égard des personnes déboutées de leur demande, le projet raccourcit les délais pour contester les mesures d’éloignement. Et l’articulation de ces dispositions avec celles contenues dans le projet de loi Immigration laisse présager la création de centres dédiés « semi-fermés » et le développement des interpellations policières au domicile des demandeurs et/ou des personnes et des établissements qui les hébergent.

La CFDA appelle les parlementaires à apporter des modifications profondes à ce projet afin que cette réforme apporte toute la protection dont ont besoin les personnes qui sollicitent l’asile et ne se réduise pas à un outil de contrôle.

23 juillet 2014


Projet de loi relatif à la réforme de l'asile

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Rémy Kossonogow - dans national
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22 juillet 2014 2 22 /07 /juillet /2014 00:53
Réfugiés de Calais : le mouvement associatif à la hauteur, les autorités, non

article intégral publié ici http://blogs.mediapart.fr/blog/francois-g/170714/refugies-de-calais-le-mouvement-associatif-la-hauteur-les-autorites-non

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Dans la situation de crise que connait Calais, le mouvement associatif fait face aux besoins d’urgence malgré l’incompétence et l’incohérence des autorités, de la mairie au sommet de l’état.

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Quai de la Moselle, mercredi soir, vers 17 heures : une dizaine d’associatifs arrivent pour organiser la file d’attente des migrants. Poignées de mains, sourires, et un peu de temps pour connaître les besoins de l’un ou de l’autre. Trois nouveaux arrivants afghans ont besoin d’une tente et de couvertures. Un Erythréen a fait une mauvaise chute et a besoin de soins. Un Soudanais a oublié son téléphone portable à l’hôpital de Calais. A 18 heures les deux fourgons de l’Auberge des Migrants se garent en tête de la file d’attente, forte d’environ 300 réfugiés. D’autres arrivent du vestiaire mensuel du Secours Catholique avec un petit sac : des vêtements, une couverture, une paire de chaussures, et la file s’allonge. …/… Comme d’habitude, quelques SDF français se sont présentés dans la file d’attente et ont été servis. Une heure et demie après, 700 repas ont été distribués. Ceux des musulmans qui respectent le ramadan ont été emballés dans de la cellophane et seront consommés après le coucher du soleil. Parmi les réfugiés, une vingtaine de femmes, qui n’ont pas pu trouver de place dans le local qui leur est réservé route de Saint-Omer, et une cinquantaine de mineurs. …/…

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Des associations efficaces et coordonnées

Depuis deux semaines, les associations locales qui préparent des repas ne peuvent plus travailler sur le lieu de distribution, rue de Moscou. Celui-ci, après l’évacuation brutale par la gendarmerie, est fermé, et les deux bungalows de Salam et de l’Auberge des Migrants sont inaccessibles. Les serrures ont été changées par la ville et un gardiennage privé est chargé d’éloigner les anciens usagers. Pourtant, malgré ces décisions arbitraires, les associations continuent d’assurer leurs tâches. Salam et l’Auberge des Migrants préparent et distribuent un repas par jour. Le Réveil Voyageur circule de jungle en jungle pour servir des petits déjeuners. Emmaüs fournit des couvertures, en remplacement de celles détruites par les forces de police, ainsi que du pain provenant des invendus des supermarchés du Calaisis et du Boulonnais. Médecins du Monde amène des tentes, là aussi après la destruction de celles qui avaient été fournies les semaines précédentes, lacérées et compressées en déchèterie. Le Secours Catholique fournit des vêtements et des chaussures. Calais Ouverture et Humanité informe et cherche à susciter des initiatives de solidarité des Calaisiens. L’association No Border a ouvert un nouveau squat dans un bâtiment industriel inoccupé, et organise avec une cinquantaine de migrants le fonctionnement du site. Autour de ces structures, de nombreux Calaisiens viennent donner un coup de main ponctuel, ou collectent autour d’eux des vêtements et de la nourriture. …/…

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Les autorités créent du désordre et de la violence

On ne peut pas en dire autant du côté des autorités. Depuis fin mai, face à l’augmentation du nombre de réfugiés, et probablement sous la pression combinée du ministère de l’intérieur, des autorités britanniques et de l’extrême-droite locale, Nathalie Bouchart, sénateur-maire, et son équipe, tentent de faire disparaître les migrants du paysage urbain et portuaire. C’est à la demande de la mairie que le préfet a mis en place début juin l’opération d’évacuation de deux camps installés près du port, puis celle du lieu de distribution, début juillet, investi par les migrants sans abri. La mairie ne respecte plus la convention qu’elle avait signée avec les associations Salam et l’Auberge des Migrants, pour la mise à disposition du lieu de distribution. Après avoir lancé aux Calaisiens en fin d’année dernière un appel à la délation concernant l’ouverture de squats, elle a promulgué deux arrêtés municipaux contre le bivouac et les rassemblements de personnes, dans le secteur de la ville le plus fréquenté par les migrants. Du côté de l’Etat, le préfet Denis Robin a exécuté, sans enthousiasme, les opérations demandées par la mairie. Il a cessé de dialoguer avec les associations.

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L’hygiène publique n’est pas assurée, car on n’installe pas les toilettes et les douches nécessaires. En définitive, les autorités ajoutent du désordre au désordre, de la violence à la violence, et elles ont rompu les ponts avec le mouvement associatif. Nathalie Bouchart innove même, tentant de diviser les associations en attaquant No Border, qui serait un repaire d’extrémistes venus d’ailleurs, et qui n’est de fait qu’une aile radicale et utopiste de jeunes, dont les initiatives sont soutenues par des associations aussi dangereuses que Médecins du Monde et Emmaüs … et dont le préfet lui-même a reconnu qu’elles avaient leur utilité.

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21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 00:47

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15 juillet 2014 2 15 /07 /juillet /2014 00:48

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9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 00:03
« Frontex entre Grèce et Turquie : la frontière du déni » Le déploiement de Frontex nuit au droit d’asile

Nouveau rapport de la campagne Frontexit

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À la frontière gréco-turque, l’agence européenne de surveillance des frontières extérieures, Frontex, participe à un dispositif qui empêche les réfugiés de bénéficier de la protection internationale. Le dernier rapport de la campagne FRONTEXIT, « Frontex entre Grèce et Turquie : la frontière du déni » [1] souligne les conséquences dramatiques de l’intensification de la surveillance à cette frontière (« push back », non accès à la demande d’asile, violences physiques et verbales, etc.) ainsi que le défaut de responsabilité de l’agence.

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S’appuyant sur des dizaines de témoignages, ainsi que de nombreux échanges avec Frontex, le rapport documente des violations graves des droits humains commises dans ce centre de gravité des opérations de l’agence. Le Conseil de l’Europe, l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne et le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits humains des migrants ainsi que de nombreuses organisations de la société civile ont récemment exprimés leurs vives préoccupations vis-à-vis des violations commises à cette frontière.

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En effet, alors que l’agence et l’Union européenne se targuent d’un nombre croissant d’interceptions ces derniers mois en mer Égée, les statistiques officielles ignorent les conséquences meurtrières de cette politique : 18 naufrages recensés par nos organisations depuis septembre 2012, au moins 191 morts et plus de 30 disparus. Parmi les victimes, une majorité de réfugiés syriens, afghans, érythréens, dont beaucoup de familles et d’enfants. Si leurs embarcations avaient pu atteindre les côtes de l’Union européenne, ces personnes auraient certainement pu obtenir l’asile.

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De nombreux témoignages ont confirmé la pratique d’expulsions collectives (« push-back ») : des bateaux de migrants sont interceptés et remorqués par les gardes-côtes grecs vers la Turquie, souvent avec violence, sans que les réfugiés soient identifiés, au mépris du droit international. Le rapport documente également l’usage de techniques de « dissuasion » visant à repousser les embarcations de migrants.

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« Au lieu de mettre en place des mesures pour accueillir les réfugiés, l’Union européenne, à travers Frontex a persisté dans une politique intolérable de fermeture, qui vise à tout prix à empêcher les réfugiés d’atteindre les côtes européennes » a dit Karim Lahidji, Président de la FIDH.

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Au vu d’un document transmis par l’agence à nos organisations, Frontex a été informé de 27 rapports d’expulsions collectives, ainsi que des problèmes d’accès à la procédure d’asile, de violences et de traitements inhumains et dégradants. Malgré ces violations, l’agence continue de fournir un soutien logistique aux opérations (bateaux, avions, caméras thermiques, formation des gardes-côtes, identification des nationalités des migrants).

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« En continuant ses activités à cette frontière, malgré sa connaissance de ces violations avérées et répétées, l’agence se montre complice » a déclaré Olivier Clochard, président de Migreurop.

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Enfin, le rapport souligne le manque de transparence, notamment, le non accès à la totalité des plans opérationnels (base juridique des opérations de l’agence) et les difficultés à engager la responsabilité de Frontex dans le déroulement des actions qu’elle coordonne. Frontex a récemment rejeté une recommandation de la médiatrice européenne demandant la mise en place d’un mécanisme de plainte permettant de mettre en cause l’agence et ses agents.

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« Cette réponse vient confirmer la volonté de l’agence de ne pas engager sa responsabilité en tant que coordinatrice des opérations déployées aux frontières extérieures de l’Union européenne », a conclu Michel Tubiana, président REMDH.

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Rémy Kossonogow - dans européen
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8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 00:47

« Libération », 4 juillet 2014

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Soudanais, Afghans… ils sont des centaines à vivre là, les yeux rivés vers l’Angleterre. « Libération » les a suivis de camps en squats, alors que les expulsions se multiplient

par Haydée Sabéran
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http://www.liberation.fr/societe/2014/07/04/enfermes-dehors-a-calais_1057458
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Il n’y a plus rien quai de la Loire à Calais, juste une esplanade vide devant le port, et des grilles pour empêcher de rentrer. Pendant huit mois, il y a eu un camp de tentes et de bâches en pleine ville, peuplé de migrants afghans et syriens. Il a été évacué par les bulldozers, le 28 mai. Le soir même, il a resurgi. A nouveau un camp de tentes et de bâches, que les migrants appellent « Salam ». Il a suffi de traverser la rue. Ils y ont rejoint quelques Erythréens et Soudanais qui fuyaient un autre camp le long du canal, promis aussi à la destruction. A Calais, les migrants migrent. On les expulse, mais ils ne disparaissent pas, sauf quand ils passent en Angleterre. Et d’autres arrivent. Pendant une quinzaine de jours, on est allé les voir, là où ils étaient. En attendant d’être à nouveau évacués.
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MARDI 10 JUIN 14 HEURES
Au soleil, les Afghans jouent au cricket, les Erythréens au foot. Cernée de grilles, à l’entrée du port de Calais, l’aire du repas des migrants ressemble à une cour de prison. « En prison, c’est mieux, tu as deux repas par jour », grince un Afghan. Ici, il n’y en a qu’un, sauf le week-end. « Faites venir des grands bateaux pour l’Angleterre, continue-t-il. Fini Calais. Tout sera propre, les gens tranquilles ».
Il faut se baisser pour entrer dans « Salam » - les migrants ont fini par donner au lieu ce nom, celui d’une des associations qui donne les repas. On s’y glisse par deux entrées, déchirées dans le grillage. Côté port, l’odeur des trois toilettes de chantier qui débordent. Côté rue, les poubelles. Une esplanade d’asphalte, des préaux, six robinets d’eau froide, des tentes, et du monde, nuit et jour. Des hommes jeunes, Afghans, Erythréens et Soudanais surtout, quelques Syriens, des Kurdes. Ce 10 juin, 300 personnes dorment là, sur les 800 migrants qui peuplent Calais. Fin mai, ils ont été 150 à se réfugier à Salam, quand le préfet, au prétexte de soigner une épidémie de gale, a fait évacuer le camp, sous l’œil des caméras. On était à quelques jours des fêtes maritimes, Calais attendait le touriste. Alors des migrants ont traversé la rue et se sont installés à Salam.
Où aller ? Partir, ils ne demandent pas mieux, mais en attendant de passer en Angleterre cachés dans les camions, il faut bien vivre. Dans les dunes, les forêts, les squats, et Salam. Certains, angoissés à l’idée d’une expulsion vers l’Afghanistan ou même vers l’Italie ou la Bulgarie, où ils ont leurs empreintes digitales, ont filé à Paris. A Calais, on les croise dans les rues, au supermarché, sur une bande d’arrêt d’urgence, sur une aire d’autoroute ou allongés dans l’herbe, sur un rond-point.
La nuit, ils courent, marchent, se cachent de la police, des vigiles, des passeurs. Le matin, ils essaient de dormir. L’après midi, certains font 10 kilomètres aller-retour pour rejoindre l’accueil de jour du Secours catholique, seul endroit pour souffler, boire du café, s’asseoir sur une chaise ou déposer une demande d’asile. Ils avaient promis au préfet de rester à Salam quarante-huit heures. Un mois plus tard, ils sont 600 sur l’aire du repas, un millier dans la ville. Où aller ?

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17 HEURES
« Vous avez une tente ? ». L’adolescent syrien a le visage poupin et un excellent anglais. Il tombe de haut : il croyait qu’il suffisait d’être nouveau pour obtenir une couverture, une tente. Médecins du monde en a distribué quelques-unes en urgence quand celles du port ont été passées au bulldozer. Aujourd’hui, il n’y en a pas. Le jeune Syrien a fui une « jungle » des environs de Dunkerque avec sa famille. « Là-bas, les passeurs se tirent dessus à l’arme à feu. L’autre jour, ils nous ont fait monter dans un camion frigo. On a tapé pour sortir, le chauffeur ne nous a pas ouvert tout de suite, il a d’abord fait baisser la température du frigo. On s’est dit "ça suffit" ». A la distribution du repas, une longue file d’attente, une bousculade, le préau vibre. Jean-Claude Lenoir, de l’association Salam : « Y a aucune chance que ça se passe bien, et pourtant, ça se passe bien ». Il veut dire « sans bagarre ». Les migrants mangent debout, ou par terre, au milieu des mouettes qui grappillent.
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19 H 30
Dans son portefeuille, la photo de ses frères et de sa petite amie infirmière, tous en Angleterre, « avec des papiers et un travail », sauf lui. Mohammad-Shirin, 28 ans, ne demande « rien, pas d’aide sociale, juste des papiers », pour être comme eux. « Je veux construire ma vie, rester un humain ». En 1999, à 13 ans, il était à Sangatte. « En Angleterre, j’ai vécu dans une famille d’accueil, je suis allé à l’école. A ma majorité, je n’ai pas eu les papiers. J’ai travaillé, même payé des impôts. Puis j’ai été expulsé en Afghanistan. Un bombardement français a tué mes parents et un de mes frères, et j’ai été blessé ». Un groupe de migrants décide d’une grève de la faim pour le lendemain. Mohammad-Shirin se joint à eux. Quelques jours plus tôt, il était monté en haut d’une grue et menaçait de sauter.

22 HEURES
Des dunes coincées entre l’autoroute et la plage. Des sacs plastiques accrochés aux genêts, et des cabanes jonchées de couvertures et d’habits abandonnés, dans un décor de zone naturelle protégée, de sable et d’oyats. Un homme seul fait les cent pas autour de son sac de couchage et de sa bouteille d’eau. Un Kurde d’Irak. Des migrants assurent qu’il a perdu la raison. A la nuit tombée, une voiture dépose deux silhouettes. C’est Yasin, 21 ans, et Rahmatullah, 20 ans, Afghans, un carton de pizza à la main. « Entrez », dit Yasin. On retire nos chaussures. La cabane est impeccable, des posters L’Oréal sur les murs de bâche, des visages de femmes. Une vieille batterie produit de la lumière au plafond. Yasin est venu ici juste après la destruction du camp de tentes du port. « J’ai fabriqué ma cabane petit à petit. Quand ils ont détruit les tentes, j’étais prêt. Tout le monde est parti vers Salam, je suis venu ici ». Ils arrivent de Belgique, ils ont marché huit heures. « On a pris un camion dans le mauvais sens ». Ils se sont douchés et reposés chez une bénévole. C’est elle qui les a déposés en voiture.
Yasin a déjà connu Calais, et l’Angleterre. « Quand j’ai eu 18 ans, ils m’ont expulsé vers l’Afghanistan. En Angleterre, je vivrai clandestin ». Ça fait dix mois qu’il essaie de passer. « Si Dieu le veut, il peut aveugler les vigiles du port, le temps de mon passage ». Il rit : « Mais la chance s’est endormie ». Avec ses traits tirés, ses joues creuses, on lui donnerait plutôt 31 ans que 21. « L’immigration britannique m’a interrogé, je n’avais pas grand-chose à dire. Normal, quand tu pars de chez toi à 13 ans. Je savais de ma famille qu’on avait des problèmes, mais lesquels ? Ils m’ont demandé comment mon père a été tué. J’étais incapable de répondre, ils ont dit que je mentais. Au retour en Afghanistan, j’ai eu l’impression d’être un nouveau-né. Il fallait tout recommencer ».
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MERCREDI 11 JUIN 10 HEURES
La grève de la faim commence. L’un des grévistes a mis un bout de Scotch sur sa bouche. Mohammad-Shirin a menacé de se coudre les lèvres.
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20 HEURES
Retour dans les dunes. Un groupe d’Afghans discute dans les derniers rayons de soleil. Ils invitent à s’asseoir, s’excusent de ne pas avoir de thé à offrir. Les policiers viennent souvent détruire les cabanes, ou les réveiller pour les chasser. « En Afghanistan, les talibans nous tuent. Ici, on ne nous laisse pas vivre », sourit Wazmin, Afghan pachtoune, 24 ans, dont dix passés à errer. Voilà Rahman (1), 32 ans. Il grimpe la dune, et rejoint le groupe, souriant, essoufflé. « Parfois, on se chamaille : "T’es pas allé chercher de l’eau ? C’est ton tour !". On est fatigués. Notre vie s’appelle fatigue ». Il raconte à toute vitesse une histoire de passeurs entre l’Iran et Dubaï. A Dubaï, les gardes-côtes ont fait rebrousser chemin à son passeur. Plutôt que de le ramener sur les côtes iraniennes, celui-ci voulait le déposer sur une île désertique et montagneuse. Rahman dit devoir la vie sauve à un autre passeur, afghan comme lui, qui passait par là et a pris sa défense. Il dit avoir vu des corps de migrants morts de soif sur l’île.
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Enfermés dehors à Calais

JEUDI 12 JUIN 9 HEURES
Un thé, au café Saint-Germain avec Ismaïl, 26 ans, Kurde d’Iran, bijoutier. Il a quitté l’Iran sur un coup de colère. « C’était la Saint-Valentin. La police avait fermé ma bijouterie quelques jours pour me punir d’avoir vendu des petits cœurs d’or entrelacés. J’en ai eu marre. Je suis parti ». Il ne tient pas le choc. « Au début, je tentais presque toutes les nuits. Là, mes pieds sont abîmés, et je n’en peux plus. J’aimerais dormir un mois ».
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11 HEURES
Ils sont une quarantaine, très jeunes, parfois ados. Ils ont quitté l’Erythrée pour échapper au service militaire illimité, un bagne. Beaucoup dorment, après une nuit dehors. Les autres offrent du thé sucré. Juste à côté, une usine de dentelle. On entend le « fshhhh… fshhhh… » des machines. C’est le squat rue de Vic, une maison de ville de deux étages, abandonnée, un des quatre squats ouverts par les militants de No Border. Il est promis à l’expulsion en septembre. Ils racontent des voyages d’apocalypse vers Lampedusa ou la Sicile, les prisons libyennes surpeuplées, le racket des matons. « Ils te gardent, exigent de l’argent, tirent sur ceux qui s’évadent ». Abraham, 20 ans, a passé huit jours en mer, dix morts de soif sur son bateau. Quelqu’un frappe à la porte. C’est Célina, une petite jeune femme blonde, bandeau dans les cheveux, de l’association le Réveil voyageur. Elle passe tous les jours, dépose du pain de la veille donné par des commerçants. Elle a commencé à militer quand la page Facebook « Sauvons Calais » est née, créée par un groupuscule d’extrême droite, dont le fondateur, Kévin Rèche, porte une croix gammée tatouée. « C’est comme si ça m’avait réveillée. Je ne veux pas laisser un monde comme ça à mes enfants ».
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13 HEURES
Rocade en direction des ferries. A chaque embouteillage, c’est pareil. En plein jour, des dizaines de migrants arrivent du chemin en contrebas et traversent l’autoroute pour grimper sur les camions à l’arrêt en espérant ne pas se faire pincer. Ils ont une chance infime d’y arriver, ils comptent sur le nombre. Deux voitures de police sont là pour les cueillir. « Certains chauffeurs ont des bâtons, raconte Abraham. J’ai été frappé avant-hier ». Kebrom, 15 ans, a une plaie au bras : « Hier soir, trois policiers, j’étais seul, à Laffa ». « Laffa », c’est « le tournant ». Une route à angle droit dans la zone industrielle : au moment où les camions sont contraints de ralentir pour tourner, on grimpe. « Ils m’ont frappé avec un bâton quand ils ont ouvert la porte du camion. J’essaie de ne plus y penser, mais je n’y arrive pas. Ça donne envie de mourir ».
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VENDREDI 13 JUIN 15 HEURES
Troisième jour de grève de la faim, ils sont trente, allongés sous la tente dressée au milieu de la cour, mais personne ne parle de la grève. Un agent de sécurité a tiré sur deux Soudanais. Adam Joseph a pris une balle dans le dos, son ami a été touché au bras. « Je n’ai rien entendu, mais j’ai senti quelque chose en moi. J’ai mis ma main, j’ai vu du sang. J’ai essayé de courir, je suis tombé », raconte-t-il après sa sortie de l’hôpital. Le tireur calaisien est en prison, il sera jugé lundi. « J’ai 45 ans, lui 25, il pourrait être mon fils », s’étonne Adam.
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MERCREDI 18 JUIN
Le préfet propose aux migrants de demander l’asile, en échange d’une place d’hébergement d’urgence quelque part en France, et promet « un dispositif un peu exceptionnel ». Selon les associations, 115 ont pris le préfet au mot. Même s’il y a déjà une cinquantaine de demandeurs d’asile sans logement à Calais.
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VENDREDI 20 JUIN 21 HEURES
Place d’Armes, un écran géant pour voir la rencontre France-Suisse. A quelques mètres, un concert en plein air : c’est la Journée du réfugié. Il fait doux, les Calaisiens sont dehors, les migrants aussi. Une partie des migrants regardent le match debout face à l’écran, les autres dansent devant le concert. A chaque but, c’est l’explosion en terrasse, et ceux qui dansent courent vers l’écran géant voir l’action. Christian Salomé, de l’Auberge des migrants, trouve « génial » tous ces exilés qui exultent à chaque but français. Au dixième jour de grève, Jan, un Afghan, porte-parole des grévistes, est encore debout. Rahman, l’homme croisé dans les dunes, soupire : sur le parking, impossible de passer depuis trois jours. « Les passeurs ont formé trois équipes réparties sur vingt-quatre heures, et ils ne nous laissent plus aucun créneau pour passer sans payer. C’est bloqué ». Quelques jours plus tôt, des passeurs afghans les avaient expulsés des dunes, lui et ses compagnons. « Ils nous réclamaient 1 000 livres [1 250 euros] chacun pour avoir le droit de rester. Ils étaient armés ». Il a trouvé une tente pour dormir à Salam.
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JEUDI 26 JUIN 15 HEURES
Squat Victor-Hugo. Des femmes et des enfants. Plus de 60 personnes, d’Erythrée et d’Ethiopie, la plupart allongées au sol, dorment de retour d’une nuit au parking. Le squat est interdit aux hommes. Ouvert par les militants de No Border il y a un an, pour protéger les plus vulnérables, il a été confié aux éducateurs de l’association Solid’R. Il doit être vidé, la propriétaire veut louer. Le préfet a promis un bâtiment à Calais Nord, le quartier de restaurants et de bars de la ville. Mais la mairie freine des quatre fers. « Je suis inquiète, où va-t-on aller ? », dit Sarah, 17 ans, lycéenne qui a fui l’Erythrée pour échapper au service militaire, obligatoire aussi pour les filles. Faute de place ici, des femmes et des enfants vivent dehors, à Salam. Où 600 personnes dorment désormais. L’asphalte est presque recouvert de tentes. On y retrouve Ismaïl, le bijoutier kurde. Il a un œil au beurre noir, une fracture à la pommette. « Un passeur. J’étais monté seul dans le camion. Il a même tapé le chauffeur. Je suis allé porter plainte, les policiers rigolaient ».
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17 H 30
Un attroupement inquiet à l’entrée de Salam. La mairie a fait déposer un mémoire de 107 pages, avec lettres de riverains, pour réclamer l’expulsion du campement, au motif qu’il est dangereux, insalubre, gêne les voisins. « Expulsés ? Pour aller où ? », demande Muslim, jeune Afghan. A la mairie, on n’a pas la réponse. « Le problème doit être réglé par les services de l’Etat ». Les associations relèvent que la mairie ne ramasse plus les poubelles de Salam, et ne vidange pas les toilettes chimiques comme prévu. La tente des grévistes de la faim est vide. Hospitalisés les uns après les autres, ils ont laissé tomber. Le lendemain, en fin de journée, Natacha Bouchart, la maire UMP, obtient le feu vert du juge administratif pour faire évacuer les migrants de Salam. Reste à savoir quand.

VENDREDI 27 JUIN
Dans la nuit, une bagarre sur l’aire d’autoroute de Saint-Hilaire-Cottes, la dernière avant Calais sur l’A26. Trois blessés, deux Erythréens, un Albanais. Ce dernier est touché à la tête, dans un état sérieux. « Des passeurs albanais voulaient prendre le contrôle de l’aire », croit savoir une bénévole. Le substitut du procureur, Brice Partouche, au parquet de Béthune, est prudent : « A priori, plutôt des Albanais et des Erythréens qui ont voulu prendre le même camion, ça a dégénéré ». Passeurs ou pas, c’est « la catastrophe »,soupire Nan Suel, de l’association Terre d’errance : « Les victimes se bouffent entre elles ».
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MERCREDI 2 JUILLET 6 H 30
Policiers et gendarmes encerclent l’aire du repas. Gaz lacrymogènes malgré les enfants, panique, les plus alertes escaladent les grilles. Trois membres d’associations arrêtés, des journalistes éloignés de force, 540 migrants embarqués dans des bus. Pareil dans les trois principaux squats. Au total, 610 personnes envoyées vers des commissariats à Boulogne-sur-Mer, Lille, Arras, dont 121 mineurs dirigés, eux, vers des centres d’accueil. Le soir même, à la distribution du repas à un rond-point près de Salam, au moins 200 étaient revenues, à pied ou en train. D’autres se sont installées dans les forêts, près des parkings de poids lourds alentour.
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JEUDI 3 JUILLET 10 HEURES
Selon la Cimade, 204 Afghans, Soudanais et Erythréens ont été placés en rétention dans toute la France, à Rouen, Rennes, Metz, Lille, et en région parisienne, mais pas à Coquelles, pourtant à 6 kilomètres de Calais. « Or Coquelles est vide, indique un porte-parole. C’est la preuve qu’il s’agit avant tout d’éloigner les gens de Calais. Ils reviendront. Ils ont traversé plusieurs pays, ils pourront traverser la France ».
A Salam, le personnel municipal nettoie. Au rond-point, le Réveil voyageur distribue pain et bananes. Quelque 300 migrants font la queue, parlent de trouver une tente, une couverture. Les leurs ont été embarquées la veille. Un Afghan raconte qu’il a tenté le passage cette nuit, en vain. Abderrahman, 25 ans, du Darfour, raconte qu’à son arrivée à Arras, la police lui a dit : « Go ! ». Il est revenu. Tout recommence.
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(1) Le prénom a été modifié. Le reportage photo de Lionel Charrier sera exposé aux Rencontres d’Arles, du 7 au 13 juillet.


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http://www.liberation.fr/societe/2014/07/04/enfermes-dehors-a-calais_1057458

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