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Asile, un droit. l'accueil, un devoir?

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23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 07:21

CFDA - Coordination française pour le droit d’asile

L’architecture globale du projet de loi présenté aujourd’hui au conseil des ministres montre clairement que les associations n’ont pas été entendues lors de la concertation nationale de 2013. La Coordination française pour le droit d’asile (CFDA) est inquiète du contenu de ce projet de réforme : les quelques améliorations cachent difficilement la suspicion et la volonté de contrôle pesant sur les demandeurs d’asile. Elles se traduisent par des dispositions dangereuses et incompatibles avec le droit d’asile.

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Certes, le projet de loi apporte des garanties, par ailleurs imposées par le droit européen, telles que l’accès aux conditions d’accueil pour tous les demandeurs d’asile, le droit, pour un plus grand nombre, de rester sur le territoire le temps de la procédure d’appel, la possibilité de la présence d’un tiers lors de l’entretien devant l’OFPRA, ou encore la prise en compte de la composition familiale dans le versement de l’aide financière.

Mais de sérieuses régressions viennent ternir ces quelques avancées. Ces régressions reposent sur une lecture déconnectée des difficultés quotidiennes des demandeurs d’asile, rendus responsables par le gouvernement des dysfonctionnements du système :

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  • les cas d’examen accéléré des demandes et les cas d’irrecevabilité sont multipliés. D’office, ou à l’initiative des préfets ou de l’OFPRA, la procédure d’asile pourra être écourtée. Les demandeurs d’asile ne disposeront pas de suffisamment de temps pour préparer leur demande ;
  • le projet crée un dispositif d’hébergement « directif » s’apparentant de fait à une assignation à résidence généralisée sous prétexte d’une meilleure répartition territoriale : la personne demandant l’asile ne pourrait quitter son lieu d’hébergement plus de quarante-huit heures sans autorisation du préfet au risque de perdre le bénéfice de toute aide et de voir clos l’examen de son dossier par l’OFPRA ;
  • en attribuant à l’Ofii la gestion de ce dispositif d’accueil et la détection de la vulnérabilité, le projet crée une confusion dangereuse entre les missions de protection sociale et sanitaire et les activités de surveillance et de contrôle d’une population ;
  • à l’égard des personnes déboutées de leur demande, le projet raccourcit les délais pour contester les mesures d’éloignement. Et l’articulation de ces dispositions avec celles contenues dans le projet de loi Immigration laisse présager la création de centres dédiés « semi-fermés » et le développement des interpellations policières au domicile des demandeurs et/ou des personnes et des établissements qui les hébergent.

La CFDA appelle les parlementaires à apporter des modifications profondes à ce projet afin que cette réforme apporte toute la protection dont ont besoin les personnes qui sollicitent l’asile et ne se réduise pas à un outil de contrôle.

23 juillet 2014


Projet de loi relatif à la réforme de l'asile

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Rémy Kossonogow - dans national
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22 juillet 2014 2 22 /07 /juillet /2014 00:53
Réfugiés de Calais : le mouvement associatif à la hauteur, les autorités, non

article intégral publié ici http://blogs.mediapart.fr/blog/francois-g/170714/refugies-de-calais-le-mouvement-associatif-la-hauteur-les-autorites-non

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Dans la situation de crise que connait Calais, le mouvement associatif fait face aux besoins d’urgence malgré l’incompétence et l’incohérence des autorités, de la mairie au sommet de l’état.

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Quai de la Moselle, mercredi soir, vers 17 heures : une dizaine d’associatifs arrivent pour organiser la file d’attente des migrants. Poignées de mains, sourires, et un peu de temps pour connaître les besoins de l’un ou de l’autre. Trois nouveaux arrivants afghans ont besoin d’une tente et de couvertures. Un Erythréen a fait une mauvaise chute et a besoin de soins. Un Soudanais a oublié son téléphone portable à l’hôpital de Calais. A 18 heures les deux fourgons de l’Auberge des Migrants se garent en tête de la file d’attente, forte d’environ 300 réfugiés. D’autres arrivent du vestiaire mensuel du Secours Catholique avec un petit sac : des vêtements, une couverture, une paire de chaussures, et la file s’allonge. …/… Comme d’habitude, quelques SDF français se sont présentés dans la file d’attente et ont été servis. Une heure et demie après, 700 repas ont été distribués. Ceux des musulmans qui respectent le ramadan ont été emballés dans de la cellophane et seront consommés après le coucher du soleil. Parmi les réfugiés, une vingtaine de femmes, qui n’ont pas pu trouver de place dans le local qui leur est réservé route de Saint-Omer, et une cinquantaine de mineurs. …/…

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Des associations efficaces et coordonnées

Depuis deux semaines, les associations locales qui préparent des repas ne peuvent plus travailler sur le lieu de distribution, rue de Moscou. Celui-ci, après l’évacuation brutale par la gendarmerie, est fermé, et les deux bungalows de Salam et de l’Auberge des Migrants sont inaccessibles. Les serrures ont été changées par la ville et un gardiennage privé est chargé d’éloigner les anciens usagers. Pourtant, malgré ces décisions arbitraires, les associations continuent d’assurer leurs tâches. Salam et l’Auberge des Migrants préparent et distribuent un repas par jour. Le Réveil Voyageur circule de jungle en jungle pour servir des petits déjeuners. Emmaüs fournit des couvertures, en remplacement de celles détruites par les forces de police, ainsi que du pain provenant des invendus des supermarchés du Calaisis et du Boulonnais. Médecins du Monde amène des tentes, là aussi après la destruction de celles qui avaient été fournies les semaines précédentes, lacérées et compressées en déchèterie. Le Secours Catholique fournit des vêtements et des chaussures. Calais Ouverture et Humanité informe et cherche à susciter des initiatives de solidarité des Calaisiens. L’association No Border a ouvert un nouveau squat dans un bâtiment industriel inoccupé, et organise avec une cinquantaine de migrants le fonctionnement du site. Autour de ces structures, de nombreux Calaisiens viennent donner un coup de main ponctuel, ou collectent autour d’eux des vêtements et de la nourriture. …/…

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Les autorités créent du désordre et de la violence

On ne peut pas en dire autant du côté des autorités. Depuis fin mai, face à l’augmentation du nombre de réfugiés, et probablement sous la pression combinée du ministère de l’intérieur, des autorités britanniques et de l’extrême-droite locale, Nathalie Bouchart, sénateur-maire, et son équipe, tentent de faire disparaître les migrants du paysage urbain et portuaire. C’est à la demande de la mairie que le préfet a mis en place début juin l’opération d’évacuation de deux camps installés près du port, puis celle du lieu de distribution, début juillet, investi par les migrants sans abri. La mairie ne respecte plus la convention qu’elle avait signée avec les associations Salam et l’Auberge des Migrants, pour la mise à disposition du lieu de distribution. Après avoir lancé aux Calaisiens en fin d’année dernière un appel à la délation concernant l’ouverture de squats, elle a promulgué deux arrêtés municipaux contre le bivouac et les rassemblements de personnes, dans le secteur de la ville le plus fréquenté par les migrants. Du côté de l’Etat, le préfet Denis Robin a exécuté, sans enthousiasme, les opérations demandées par la mairie. Il a cessé de dialoguer avec les associations.

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L’hygiène publique n’est pas assurée, car on n’installe pas les toilettes et les douches nécessaires. En définitive, les autorités ajoutent du désordre au désordre, de la violence à la violence, et elles ont rompu les ponts avec le mouvement associatif. Nathalie Bouchart innove même, tentant de diviser les associations en attaquant No Border, qui serait un repaire d’extrémistes venus d’ailleurs, et qui n’est de fait qu’une aile radicale et utopiste de jeunes, dont les initiatives sont soutenues par des associations aussi dangereuses que Médecins du Monde et Emmaüs … et dont le préfet lui-même a reconnu qu’elles avaient leur utilité.

…/…

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21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 00:47

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15 juillet 2014 2 15 /07 /juillet /2014 00:48

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9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 00:03
« Frontex entre Grèce et Turquie : la frontière du déni » Le déploiement de Frontex nuit au droit d’asile

Nouveau rapport de la campagne Frontexit

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À la frontière gréco-turque, l’agence européenne de surveillance des frontières extérieures, Frontex, participe à un dispositif qui empêche les réfugiés de bénéficier de la protection internationale. Le dernier rapport de la campagne FRONTEXIT, « Frontex entre Grèce et Turquie : la frontière du déni » [1] souligne les conséquences dramatiques de l’intensification de la surveillance à cette frontière (« push back », non accès à la demande d’asile, violences physiques et verbales, etc.) ainsi que le défaut de responsabilité de l’agence.

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S’appuyant sur des dizaines de témoignages, ainsi que de nombreux échanges avec Frontex, le rapport documente des violations graves des droits humains commises dans ce centre de gravité des opérations de l’agence. Le Conseil de l’Europe, l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne et le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits humains des migrants ainsi que de nombreuses organisations de la société civile ont récemment exprimés leurs vives préoccupations vis-à-vis des violations commises à cette frontière.

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En effet, alors que l’agence et l’Union européenne se targuent d’un nombre croissant d’interceptions ces derniers mois en mer Égée, les statistiques officielles ignorent les conséquences meurtrières de cette politique : 18 naufrages recensés par nos organisations depuis septembre 2012, au moins 191 morts et plus de 30 disparus. Parmi les victimes, une majorité de réfugiés syriens, afghans, érythréens, dont beaucoup de familles et d’enfants. Si leurs embarcations avaient pu atteindre les côtes de l’Union européenne, ces personnes auraient certainement pu obtenir l’asile.

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De nombreux témoignages ont confirmé la pratique d’expulsions collectives (« push-back ») : des bateaux de migrants sont interceptés et remorqués par les gardes-côtes grecs vers la Turquie, souvent avec violence, sans que les réfugiés soient identifiés, au mépris du droit international. Le rapport documente également l’usage de techniques de « dissuasion » visant à repousser les embarcations de migrants.

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« Au lieu de mettre en place des mesures pour accueillir les réfugiés, l’Union européenne, à travers Frontex a persisté dans une politique intolérable de fermeture, qui vise à tout prix à empêcher les réfugiés d’atteindre les côtes européennes » a dit Karim Lahidji, Président de la FIDH.

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Au vu d’un document transmis par l’agence à nos organisations, Frontex a été informé de 27 rapports d’expulsions collectives, ainsi que des problèmes d’accès à la procédure d’asile, de violences et de traitements inhumains et dégradants. Malgré ces violations, l’agence continue de fournir un soutien logistique aux opérations (bateaux, avions, caméras thermiques, formation des gardes-côtes, identification des nationalités des migrants).

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« En continuant ses activités à cette frontière, malgré sa connaissance de ces violations avérées et répétées, l’agence se montre complice » a déclaré Olivier Clochard, président de Migreurop.

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Enfin, le rapport souligne le manque de transparence, notamment, le non accès à la totalité des plans opérationnels (base juridique des opérations de l’agence) et les difficultés à engager la responsabilité de Frontex dans le déroulement des actions qu’elle coordonne. Frontex a récemment rejeté une recommandation de la médiatrice européenne demandant la mise en place d’un mécanisme de plainte permettant de mettre en cause l’agence et ses agents.

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« Cette réponse vient confirmer la volonté de l’agence de ne pas engager sa responsabilité en tant que coordinatrice des opérations déployées aux frontières extérieures de l’Union européenne », a conclu Michel Tubiana, président REMDH.

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Rémy Kossonogow - dans européen
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8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 00:47

« Libération », 4 juillet 2014

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Soudanais, Afghans… ils sont des centaines à vivre là, les yeux rivés vers l’Angleterre. « Libération » les a suivis de camps en squats, alors que les expulsions se multiplient

par Haydée Sabéran
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http://www.liberation.fr/societe/2014/07/04/enfermes-dehors-a-calais_1057458
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Il n’y a plus rien quai de la Loire à Calais, juste une esplanade vide devant le port, et des grilles pour empêcher de rentrer. Pendant huit mois, il y a eu un camp de tentes et de bâches en pleine ville, peuplé de migrants afghans et syriens. Il a été évacué par les bulldozers, le 28 mai. Le soir même, il a resurgi. A nouveau un camp de tentes et de bâches, que les migrants appellent « Salam ». Il a suffi de traverser la rue. Ils y ont rejoint quelques Erythréens et Soudanais qui fuyaient un autre camp le long du canal, promis aussi à la destruction. A Calais, les migrants migrent. On les expulse, mais ils ne disparaissent pas, sauf quand ils passent en Angleterre. Et d’autres arrivent. Pendant une quinzaine de jours, on est allé les voir, là où ils étaient. En attendant d’être à nouveau évacués.
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MARDI 10 JUIN 14 HEURES
Au soleil, les Afghans jouent au cricket, les Erythréens au foot. Cernée de grilles, à l’entrée du port de Calais, l’aire du repas des migrants ressemble à une cour de prison. « En prison, c’est mieux, tu as deux repas par jour », grince un Afghan. Ici, il n’y en a qu’un, sauf le week-end. « Faites venir des grands bateaux pour l’Angleterre, continue-t-il. Fini Calais. Tout sera propre, les gens tranquilles ».
Il faut se baisser pour entrer dans « Salam » - les migrants ont fini par donner au lieu ce nom, celui d’une des associations qui donne les repas. On s’y glisse par deux entrées, déchirées dans le grillage. Côté port, l’odeur des trois toilettes de chantier qui débordent. Côté rue, les poubelles. Une esplanade d’asphalte, des préaux, six robinets d’eau froide, des tentes, et du monde, nuit et jour. Des hommes jeunes, Afghans, Erythréens et Soudanais surtout, quelques Syriens, des Kurdes. Ce 10 juin, 300 personnes dorment là, sur les 800 migrants qui peuplent Calais. Fin mai, ils ont été 150 à se réfugier à Salam, quand le préfet, au prétexte de soigner une épidémie de gale, a fait évacuer le camp, sous l’œil des caméras. On était à quelques jours des fêtes maritimes, Calais attendait le touriste. Alors des migrants ont traversé la rue et se sont installés à Salam.
Où aller ? Partir, ils ne demandent pas mieux, mais en attendant de passer en Angleterre cachés dans les camions, il faut bien vivre. Dans les dunes, les forêts, les squats, et Salam. Certains, angoissés à l’idée d’une expulsion vers l’Afghanistan ou même vers l’Italie ou la Bulgarie, où ils ont leurs empreintes digitales, ont filé à Paris. A Calais, on les croise dans les rues, au supermarché, sur une bande d’arrêt d’urgence, sur une aire d’autoroute ou allongés dans l’herbe, sur un rond-point.
La nuit, ils courent, marchent, se cachent de la police, des vigiles, des passeurs. Le matin, ils essaient de dormir. L’après midi, certains font 10 kilomètres aller-retour pour rejoindre l’accueil de jour du Secours catholique, seul endroit pour souffler, boire du café, s’asseoir sur une chaise ou déposer une demande d’asile. Ils avaient promis au préfet de rester à Salam quarante-huit heures. Un mois plus tard, ils sont 600 sur l’aire du repas, un millier dans la ville. Où aller ?

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17 HEURES
« Vous avez une tente ? ». L’adolescent syrien a le visage poupin et un excellent anglais. Il tombe de haut : il croyait qu’il suffisait d’être nouveau pour obtenir une couverture, une tente. Médecins du monde en a distribué quelques-unes en urgence quand celles du port ont été passées au bulldozer. Aujourd’hui, il n’y en a pas. Le jeune Syrien a fui une « jungle » des environs de Dunkerque avec sa famille. « Là-bas, les passeurs se tirent dessus à l’arme à feu. L’autre jour, ils nous ont fait monter dans un camion frigo. On a tapé pour sortir, le chauffeur ne nous a pas ouvert tout de suite, il a d’abord fait baisser la température du frigo. On s’est dit "ça suffit" ». A la distribution du repas, une longue file d’attente, une bousculade, le préau vibre. Jean-Claude Lenoir, de l’association Salam : « Y a aucune chance que ça se passe bien, et pourtant, ça se passe bien ». Il veut dire « sans bagarre ». Les migrants mangent debout, ou par terre, au milieu des mouettes qui grappillent.
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19 H 30
Dans son portefeuille, la photo de ses frères et de sa petite amie infirmière, tous en Angleterre, « avec des papiers et un travail », sauf lui. Mohammad-Shirin, 28 ans, ne demande « rien, pas d’aide sociale, juste des papiers », pour être comme eux. « Je veux construire ma vie, rester un humain ». En 1999, à 13 ans, il était à Sangatte. « En Angleterre, j’ai vécu dans une famille d’accueil, je suis allé à l’école. A ma majorité, je n’ai pas eu les papiers. J’ai travaillé, même payé des impôts. Puis j’ai été expulsé en Afghanistan. Un bombardement français a tué mes parents et un de mes frères, et j’ai été blessé ». Un groupe de migrants décide d’une grève de la faim pour le lendemain. Mohammad-Shirin se joint à eux. Quelques jours plus tôt, il était monté en haut d’une grue et menaçait de sauter.

22 HEURES
Des dunes coincées entre l’autoroute et la plage. Des sacs plastiques accrochés aux genêts, et des cabanes jonchées de couvertures et d’habits abandonnés, dans un décor de zone naturelle protégée, de sable et d’oyats. Un homme seul fait les cent pas autour de son sac de couchage et de sa bouteille d’eau. Un Kurde d’Irak. Des migrants assurent qu’il a perdu la raison. A la nuit tombée, une voiture dépose deux silhouettes. C’est Yasin, 21 ans, et Rahmatullah, 20 ans, Afghans, un carton de pizza à la main. « Entrez », dit Yasin. On retire nos chaussures. La cabane est impeccable, des posters L’Oréal sur les murs de bâche, des visages de femmes. Une vieille batterie produit de la lumière au plafond. Yasin est venu ici juste après la destruction du camp de tentes du port. « J’ai fabriqué ma cabane petit à petit. Quand ils ont détruit les tentes, j’étais prêt. Tout le monde est parti vers Salam, je suis venu ici ». Ils arrivent de Belgique, ils ont marché huit heures. « On a pris un camion dans le mauvais sens ». Ils se sont douchés et reposés chez une bénévole. C’est elle qui les a déposés en voiture.
Yasin a déjà connu Calais, et l’Angleterre. « Quand j’ai eu 18 ans, ils m’ont expulsé vers l’Afghanistan. En Angleterre, je vivrai clandestin ». Ça fait dix mois qu’il essaie de passer. « Si Dieu le veut, il peut aveugler les vigiles du port, le temps de mon passage ». Il rit : « Mais la chance s’est endormie ». Avec ses traits tirés, ses joues creuses, on lui donnerait plutôt 31 ans que 21. « L’immigration britannique m’a interrogé, je n’avais pas grand-chose à dire. Normal, quand tu pars de chez toi à 13 ans. Je savais de ma famille qu’on avait des problèmes, mais lesquels ? Ils m’ont demandé comment mon père a été tué. J’étais incapable de répondre, ils ont dit que je mentais. Au retour en Afghanistan, j’ai eu l’impression d’être un nouveau-né. Il fallait tout recommencer ».
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MERCREDI 11 JUIN 10 HEURES
La grève de la faim commence. L’un des grévistes a mis un bout de Scotch sur sa bouche. Mohammad-Shirin a menacé de se coudre les lèvres.
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20 HEURES
Retour dans les dunes. Un groupe d’Afghans discute dans les derniers rayons de soleil. Ils invitent à s’asseoir, s’excusent de ne pas avoir de thé à offrir. Les policiers viennent souvent détruire les cabanes, ou les réveiller pour les chasser. « En Afghanistan, les talibans nous tuent. Ici, on ne nous laisse pas vivre », sourit Wazmin, Afghan pachtoune, 24 ans, dont dix passés à errer. Voilà Rahman (1), 32 ans. Il grimpe la dune, et rejoint le groupe, souriant, essoufflé. « Parfois, on se chamaille : "T’es pas allé chercher de l’eau ? C’est ton tour !". On est fatigués. Notre vie s’appelle fatigue ». Il raconte à toute vitesse une histoire de passeurs entre l’Iran et Dubaï. A Dubaï, les gardes-côtes ont fait rebrousser chemin à son passeur. Plutôt que de le ramener sur les côtes iraniennes, celui-ci voulait le déposer sur une île désertique et montagneuse. Rahman dit devoir la vie sauve à un autre passeur, afghan comme lui, qui passait par là et a pris sa défense. Il dit avoir vu des corps de migrants morts de soif sur l’île.
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Enfermés dehors à Calais

JEUDI 12 JUIN 9 HEURES
Un thé, au café Saint-Germain avec Ismaïl, 26 ans, Kurde d’Iran, bijoutier. Il a quitté l’Iran sur un coup de colère. « C’était la Saint-Valentin. La police avait fermé ma bijouterie quelques jours pour me punir d’avoir vendu des petits cœurs d’or entrelacés. J’en ai eu marre. Je suis parti ». Il ne tient pas le choc. « Au début, je tentais presque toutes les nuits. Là, mes pieds sont abîmés, et je n’en peux plus. J’aimerais dormir un mois ».
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11 HEURES
Ils sont une quarantaine, très jeunes, parfois ados. Ils ont quitté l’Erythrée pour échapper au service militaire illimité, un bagne. Beaucoup dorment, après une nuit dehors. Les autres offrent du thé sucré. Juste à côté, une usine de dentelle. On entend le « fshhhh… fshhhh… » des machines. C’est le squat rue de Vic, une maison de ville de deux étages, abandonnée, un des quatre squats ouverts par les militants de No Border. Il est promis à l’expulsion en septembre. Ils racontent des voyages d’apocalypse vers Lampedusa ou la Sicile, les prisons libyennes surpeuplées, le racket des matons. « Ils te gardent, exigent de l’argent, tirent sur ceux qui s’évadent ». Abraham, 20 ans, a passé huit jours en mer, dix morts de soif sur son bateau. Quelqu’un frappe à la porte. C’est Célina, une petite jeune femme blonde, bandeau dans les cheveux, de l’association le Réveil voyageur. Elle passe tous les jours, dépose du pain de la veille donné par des commerçants. Elle a commencé à militer quand la page Facebook « Sauvons Calais » est née, créée par un groupuscule d’extrême droite, dont le fondateur, Kévin Rèche, porte une croix gammée tatouée. « C’est comme si ça m’avait réveillée. Je ne veux pas laisser un monde comme ça à mes enfants ».
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13 HEURES
Rocade en direction des ferries. A chaque embouteillage, c’est pareil. En plein jour, des dizaines de migrants arrivent du chemin en contrebas et traversent l’autoroute pour grimper sur les camions à l’arrêt en espérant ne pas se faire pincer. Ils ont une chance infime d’y arriver, ils comptent sur le nombre. Deux voitures de police sont là pour les cueillir. « Certains chauffeurs ont des bâtons, raconte Abraham. J’ai été frappé avant-hier ». Kebrom, 15 ans, a une plaie au bras : « Hier soir, trois policiers, j’étais seul, à Laffa ». « Laffa », c’est « le tournant ». Une route à angle droit dans la zone industrielle : au moment où les camions sont contraints de ralentir pour tourner, on grimpe. « Ils m’ont frappé avec un bâton quand ils ont ouvert la porte du camion. J’essaie de ne plus y penser, mais je n’y arrive pas. Ça donne envie de mourir ».
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VENDREDI 13 JUIN 15 HEURES
Troisième jour de grève de la faim, ils sont trente, allongés sous la tente dressée au milieu de la cour, mais personne ne parle de la grève. Un agent de sécurité a tiré sur deux Soudanais. Adam Joseph a pris une balle dans le dos, son ami a été touché au bras. « Je n’ai rien entendu, mais j’ai senti quelque chose en moi. J’ai mis ma main, j’ai vu du sang. J’ai essayé de courir, je suis tombé », raconte-t-il après sa sortie de l’hôpital. Le tireur calaisien est en prison, il sera jugé lundi. « J’ai 45 ans, lui 25, il pourrait être mon fils », s’étonne Adam.
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MERCREDI 18 JUIN
Le préfet propose aux migrants de demander l’asile, en échange d’une place d’hébergement d’urgence quelque part en France, et promet « un dispositif un peu exceptionnel ». Selon les associations, 115 ont pris le préfet au mot. Même s’il y a déjà une cinquantaine de demandeurs d’asile sans logement à Calais.
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VENDREDI 20 JUIN 21 HEURES
Place d’Armes, un écran géant pour voir la rencontre France-Suisse. A quelques mètres, un concert en plein air : c’est la Journée du réfugié. Il fait doux, les Calaisiens sont dehors, les migrants aussi. Une partie des migrants regardent le match debout face à l’écran, les autres dansent devant le concert. A chaque but, c’est l’explosion en terrasse, et ceux qui dansent courent vers l’écran géant voir l’action. Christian Salomé, de l’Auberge des migrants, trouve « génial » tous ces exilés qui exultent à chaque but français. Au dixième jour de grève, Jan, un Afghan, porte-parole des grévistes, est encore debout. Rahman, l’homme croisé dans les dunes, soupire : sur le parking, impossible de passer depuis trois jours. « Les passeurs ont formé trois équipes réparties sur vingt-quatre heures, et ils ne nous laissent plus aucun créneau pour passer sans payer. C’est bloqué ». Quelques jours plus tôt, des passeurs afghans les avaient expulsés des dunes, lui et ses compagnons. « Ils nous réclamaient 1 000 livres [1 250 euros] chacun pour avoir le droit de rester. Ils étaient armés ». Il a trouvé une tente pour dormir à Salam.
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JEUDI 26 JUIN 15 HEURES
Squat Victor-Hugo. Des femmes et des enfants. Plus de 60 personnes, d’Erythrée et d’Ethiopie, la plupart allongées au sol, dorment de retour d’une nuit au parking. Le squat est interdit aux hommes. Ouvert par les militants de No Border il y a un an, pour protéger les plus vulnérables, il a été confié aux éducateurs de l’association Solid’R. Il doit être vidé, la propriétaire veut louer. Le préfet a promis un bâtiment à Calais Nord, le quartier de restaurants et de bars de la ville. Mais la mairie freine des quatre fers. « Je suis inquiète, où va-t-on aller ? », dit Sarah, 17 ans, lycéenne qui a fui l’Erythrée pour échapper au service militaire, obligatoire aussi pour les filles. Faute de place ici, des femmes et des enfants vivent dehors, à Salam. Où 600 personnes dorment désormais. L’asphalte est presque recouvert de tentes. On y retrouve Ismaïl, le bijoutier kurde. Il a un œil au beurre noir, une fracture à la pommette. « Un passeur. J’étais monté seul dans le camion. Il a même tapé le chauffeur. Je suis allé porter plainte, les policiers rigolaient ».
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17 H 30
Un attroupement inquiet à l’entrée de Salam. La mairie a fait déposer un mémoire de 107 pages, avec lettres de riverains, pour réclamer l’expulsion du campement, au motif qu’il est dangereux, insalubre, gêne les voisins. « Expulsés ? Pour aller où ? », demande Muslim, jeune Afghan. A la mairie, on n’a pas la réponse. « Le problème doit être réglé par les services de l’Etat ». Les associations relèvent que la mairie ne ramasse plus les poubelles de Salam, et ne vidange pas les toilettes chimiques comme prévu. La tente des grévistes de la faim est vide. Hospitalisés les uns après les autres, ils ont laissé tomber. Le lendemain, en fin de journée, Natacha Bouchart, la maire UMP, obtient le feu vert du juge administratif pour faire évacuer les migrants de Salam. Reste à savoir quand.

VENDREDI 27 JUIN
Dans la nuit, une bagarre sur l’aire d’autoroute de Saint-Hilaire-Cottes, la dernière avant Calais sur l’A26. Trois blessés, deux Erythréens, un Albanais. Ce dernier est touché à la tête, dans un état sérieux. « Des passeurs albanais voulaient prendre le contrôle de l’aire », croit savoir une bénévole. Le substitut du procureur, Brice Partouche, au parquet de Béthune, est prudent : « A priori, plutôt des Albanais et des Erythréens qui ont voulu prendre le même camion, ça a dégénéré ». Passeurs ou pas, c’est « la catastrophe »,soupire Nan Suel, de l’association Terre d’errance : « Les victimes se bouffent entre elles ».
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MERCREDI 2 JUILLET 6 H 30
Policiers et gendarmes encerclent l’aire du repas. Gaz lacrymogènes malgré les enfants, panique, les plus alertes escaladent les grilles. Trois membres d’associations arrêtés, des journalistes éloignés de force, 540 migrants embarqués dans des bus. Pareil dans les trois principaux squats. Au total, 610 personnes envoyées vers des commissariats à Boulogne-sur-Mer, Lille, Arras, dont 121 mineurs dirigés, eux, vers des centres d’accueil. Le soir même, à la distribution du repas à un rond-point près de Salam, au moins 200 étaient revenues, à pied ou en train. D’autres se sont installées dans les forêts, près des parkings de poids lourds alentour.
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JEUDI 3 JUILLET 10 HEURES
Selon la Cimade, 204 Afghans, Soudanais et Erythréens ont été placés en rétention dans toute la France, à Rouen, Rennes, Metz, Lille, et en région parisienne, mais pas à Coquelles, pourtant à 6 kilomètres de Calais. « Or Coquelles est vide, indique un porte-parole. C’est la preuve qu’il s’agit avant tout d’éloigner les gens de Calais. Ils reviendront. Ils ont traversé plusieurs pays, ils pourront traverser la France ».
A Salam, le personnel municipal nettoie. Au rond-point, le Réveil voyageur distribue pain et bananes. Quelque 300 migrants font la queue, parlent de trouver une tente, une couverture. Les leurs ont été embarquées la veille. Un Afghan raconte qu’il a tenté le passage cette nuit, en vain. Abderrahman, 25 ans, du Darfour, raconte qu’à son arrivée à Arras, la police lui a dit : « Go ! ». Il est revenu. Tout recommence.
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(1) Le prénom a été modifié. Le reportage photo de Lionel Charrier sera exposé aux Rencontres d’Arles, du 7 au 13 juillet.


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http://www.liberation.fr/societe/2014/07/04/enfermes-dehors-a-calais_1057458

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7 juillet 2014 1 07 /07 /juillet /2014 00:05

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6 juillet 2014 7 06 /07 /juillet /2014 07:50
A l’égard des exilés à Calais :  Les mêmes violences, la même incohérence, les mêmes échecs 

Communiqué des six associations du "Vivre Ensemble" : CCFD / Cimade / Emmaüs / Secours Catholique / MDM / ATD Quart Monde


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Depuis maintenant près de 20 ans, le sort des exilés bloqués à Calais semble éternellement dans la même impasse et le même déni d’humanité.

En faisant procéder ce matin à une nouvelle évacuation policière, brutale, le Gouvernement ne fait que poursuivre les pratiques employées par ses prédécesseurs : les mêmes violences, la même incohérence, les mêmes échecs.

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En renonçant à assumer les responsabilités qui lui reviennent – protéger les réfugiés –, en ayant recours à la dispersion violente d’hommes, de femmes et d’enfants mineurs ayant fui des pays en guerre, le Gouvernement cède à la tentation de la communication politique : cela ne doit tromper personne ! Une fois de plus, il fait semblant d’agir alors qu’il ne fait que déplacer le problème ; une fois de plus, tout en donnant l’impression de dialoguer avec les associations, il a recours à la violence au mépris des personnes les plus fragiles ; une fois de plus, plutôt que de chercher les voies d’une réponse digne avec tous ceux qui cherchent réellement des solutions, il utilise la force publique pour tenter de rendre les exilés invisibles et faire croire que la question est réglée.

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Nos associations, qui appellent depuis des mois le Gouvernement à une réflexion en profondeur pour imaginer, avec la société civile, des alternatives plus conformes aux valeurs humanistes, condamnent vivement l’évacuation de ce jour, et s’interrogent sur les intentions réelles du Gouvernement : si le Premier Ministre souhaite véritablement apporter des réponses novatrices et adaptées à ce contexte particulier, il est plus que temps qu’il ouvre des espaces de construction commune !

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Rémy Kossonogow - dans national
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3 juillet 2014 4 03 /07 /juillet /2014 00:21

le reportage intégral

http://www.internazionale.it/portfolio/il-crocevia-dei-migranti/

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Pour Frontex, l'agence européenne de contrôle des frontières, entre Janvier et Avril 2014 42 000 migrants en provenance d'Afrique du Nord ont tenté de traverser la Méditerranée en Italie. Et, selon les chiffres que vient de publier le gouvernement italien, en 39000 ont atteint les côtes du pays.

Des centaines d'entre eux ont probablement traversé Agadez, une ville au Niger sur la bordure sud du Sahara, et donc aussi appelé "porte du désert". Au cours des dernières années Agadez a été la plaque tournante pour le trafic de migrants, ainsi que des armes, des médicaments et de la nourriture. Les autorités locales ont tenté d'entraver les activités des trafiquants, surtout après 92 personnes sont mortes de soif en Septembre 2013. Au début, les interventions de la police et le gouvernement du Niger pour frapper les trafiquants (Toubou essentiellement ethnique) et les fonctionnaires corrompus ont arrêté le flux de migrants vers la Libye et de là en Europe. Mais les trafiquants ont trouvé de nouvelles routes, et augmenté les prix pour le voyage.

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Les photos ont été prises entre le 12 et le 17 Mars, 2014 Agadez par le photographe de Reuters Joe Penny.

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Dans cette photo : Barka à Qatrun, contrebandier Toubou, attendez l'arrivée des véhicules conduits par ses complices à un point de contrôle en dehors de la ville.

Le carrefour des migrants Reportage photo de Joe Penny

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Rémy Kossonogow - dans outils
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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 00:55
 «La politique d’asile européenne est rigide et inefficace»

Article publié intégralement à cette adresse http://www.swissinfo.ch/fre/-la-politique-d-asile-europ%C3%A9enne-est-rigide-et-inefficace-/40471498

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Alors que débute le sommet européen à Bruxelles, le professeur Francesco Maiani suggère une réforme radicale du système Dublin. À Bruxelles, cependant, on ne semble pas prêt à bouger.

swissinfo.ch a consulté Francesco Maiani, professeur à l'Institut de hautes études en administration publique (IDHEAP) de Lausanne et membre du Réseau académique d'études juridiques sur l'immigration et l'asile Odysseus

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swissinfo.ch: Après le naufrage du 3 octobre 2013 au large de Lampedusa, qui avait causé la mort de 360 personnes, et le nombre croissant de migrants enregistrés ces derniers mois, l'Italie a demandé à l'Europe de se montrer solidaire. Cette revendication est-elle légitime?

Francesco Maiani: Il faut préciser d’abord que l'Italie n'est pas submergée de migrants, comme elle l’affirme souvent. Par rapport à ses dimensions, au nombre d’habitants et au PIB, elle en reçoit moins que d’autres pays. Cependant c'est un pays particulièrement exposé qui a toutes les raisons de demander davantage de solidarité à l'UE.

Prenons un cas concret. Après le drame de Lampedusa, tout le monde s’est juré «plus jamais ça». Ensuite, personne n'a rien fait de décisif, sauf l'Italie. En octobre dernier, le gouvernement a lancé une mission de sauvetage appelée Mare Nostrum, qui a permis de sauver des dizaines de milliers de vies.

Mais sans une participation directe de l'UE, cette opération pourrait avoir la vie courte. Aujourd'hui, l'Italie dépense 9 millions d’euros par mois pour Mare Nostrum et, selon le «règlement Dublin», elle devrait prendre en charge chaque migrant qu’elle sauve et qui lui demande l’asile. C’est comme si l'Europe disait à l'Italie: «Plus jamais de morts en Méditerranée. Veuillez s'il vous plaît sauver ces gens et payer l'opération. Et si quelqu'un passe votre frontière, vous êtes priés de le reprendre.»

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swissinfo.ch: Mais en même temps, certains États européens reprochent à l'Italie de ne pas enregistrer tous les migrants qui arrivent sur son territoire pour ne pas devoir s’en occuper…

F. M.: Et bien les pays accusateurs ou la Commission disposent de tous les instruments pour le vérifier. À la limite, ils peuvent déposer un recours à la Cour de justice.

Ceci dit, si c’est bien le cas, alors l'Italie violerait ses obligations. Ce n’est pas justifiable mais c’est logique: la structure même du système européen de l'asile incite à ces comportements ou, ce qui est beaucoup plus grave, à laisser mourir les migrants en mer, comme cela a aussi été le cas. Si elle pense vraiment qu’elle ne veut «plus jamais ça», l'Europe doit repenser sa politique migratoire.

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swissinfo.ch: Quelles mesures devrait-elle pendre, concrètement?

F. M.: Dans l'immédiat, les opérations de sauvetage devraient être poursuivies de manière conjointe et les requérants d'asile sauvés repartis de manière équitable entre les pays européens.

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swissinfo.ch: Le phénomène des «vagabonds de l'asile» est aussi provoqué par une politique migratoire à géométrie variable. Actuellement, les conditions d'accueil changent radicalement d'un pays à l'autre, tout comme le taux d’acceptation des demandes, qui peut varier de un à 80% selon les cas. Pourquoi l’Union n’a-t-elle jamais cherché à harmoniser les procédures?

F. M.: Avant tout, j’aimerais qu’on réfléchisse à cette notion de «vagabonds de l'asile». Aujourd'hui, un discours public s’est construit, selon lequel un migrant qui veut choisir sa destination commet un abus. Mais si vous étiez une réfugiée et qu'on vous disait: 'ici vous avez 80% de chances d'obtenir l'asile et un bon soutien socio-économique pour vos enfants, là-bas 1% et des conditions misérables, que feriez-vous? J'ai l'impression qu’on oublie parfois que les réfugiés sont des êtres humains comme nous.

Ceci dit, les conditions d'accueil et les procédures changent beaucoup d'un pays à l’autre, mais ce n’est pas parce que l'Europe n'a rien fait. Au contraire, elle s’est beaucoup investie pour harmoniser les lois. Mais il faudra des années, sinon des décennies, pour que leur application soit aussi harmonisée.

Ce n’est pas cela qui me scandalise. C’est le fait que, face à ces disparités, on continue d’appliquer le système Dublin de manière rigide et automatique. Dublin part du principe qu'un pays est égal à l'autre, mais ce n’est pas encore vrai. En Italie par exemple, les conditions d'accueil des réfugiés sont précaires et les transferts devraient être effectués avec prudence. Mais les administrations ne se montrent pas très scrupuleuses, même lorsqu’elles sont confrontées à des cas dramatiques ou à des injustices criantes.

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Par Stefania Summermatter swissinfo.ch, (Adaptation de l'italien: Isabelle Eichenberger)

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Rémy Kossonogow - dans point de vue
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