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Asile, un droit. l'accueil, un devoir?

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3 décembre 2014 3 03 /12 /décembre /2014 00:25
A l'Ofpra, les réfugiés tentent de convaincre

Par AFP, publié intégralement ici http://www.lexpress.fr/actualites/1/styles/a-l-ofpra-les-refugies-tentent-de-convaincre_1625817.html

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Fontenay-sous-Bois - "De qui ou de quoi avez-vous peur si vous rentrez aujourd'hui dans votre pays '". Dans les bureaux de l'Ofpra, la jeune femme s'arrête un instant de taper sur son ordinateur et fixe le demandeur d'asile assis en face d'elle.

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L'homme jette un regard à l'interprète et bafouille, en décalage avec la question, ce qu'il a déjà expliqué auparavant. "Ils m'ont plaqué au sol, ils m'ont battu, ils m'ont fait signer un papier où je me reconnaissais coupable", explique-t-il dans une langue slave. "Je ne veux pas courir de risque, l'ambiance n'est pas calme là-bas".

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Depuis son arrivée dans la petite pièce de l'Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides), le jeune homme n'a pas retiré sa doudoune. Le bouchon du stylo qu'il triture claque à intervalles réguliers entre ses doigts. Lorsqu'on lui demande un éclaircissement, sa voix monte, le débit accélère.

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Pour lui, l'enjeu est de taille. Si elle ne rend pas l'avis final, l'officier de protection proposera une décision à ses supérieurs, une fois menés les recoupements avec l'état du droit et la situation dans son pays d'origine.

Comme elle, ils sont 200 environ à écouter les demandeurs d'asile qui exposent chaque jour leurs parcours chaotiques dans les bureaux de Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne).

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"L'officier doit travailler avec bienveillance et rigueur. Son objectif est d'identifier l'existence de craintes" du demandeur d'asile, car ce sont ces craintes de persécution qui déclencheront la protection, explique Pascal Brice, le président de l'Ofpra.

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- Démêler le vrai du faux -

La jeune femme note tout. Il lui faut démêler le vrai du faux, et isoler dans le récit ce qui peut relever du statut de réfugié - persécution ethnique, religieuse ou politique notamment -, ou de la "protection subsidiaire" - que peuvent demander les victimes de guerres, les personnes menacées de torture...

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"Tous les thèmes ne sont pas faciles à aborder. Parler d'orientation sexuelle ou d'excision par exemple est très difficile dans certaines cultures", explique-t-on à l'Ofpra.

La première nationalité parmi les demandeurs d'asile était l'an dernier la République démocratique du Congo (près de 4.000 demandes) suivie du Kosovo (3.500) et de l'Albanie (3.300). Logiquement, les dossiers reflètent les crises internationales, et l'Ofpra enregistre depuis 2012 un doublement annuel de la demande syrienne. C'est l'une des populations bénéficiant du plus fort taux de protection (95% environ).

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Par

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14 octobre 2014 2 14 /10 /octobre /2014 00:04
Avec les réfugiés kurdes : découvrez « le temps perdu », beau docu de Pierre Schoeller

http://rue89.nouvelobs.com/2014/10/05/les-refugies-kurdes-decouvrez-temps-perdu-beau-docu-pierre-schoeller-255265

http://info.arte.tv/fr/le-temps-perdu-par-pierre-schoeller
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Rue89, en partenariat avec Arte, vous propose de découvrir le documentaire de Pierre Schoeller « Le temps perdu ».

« Cela faisait à peine quelques semaines que le camp de Kawergosk était installé lorsque Pierre Schoeller s’est retrouvé au milieu de ses allées pleines de boue.

Il n’était pas là pour tourner une fiction mais son premier documentaire sur le quotidien des réfugiés kurdes qui ont fui la Syrie. Il a choisi la voie du réel en confiant ses caméras à quelques réfugiés, qui ont filmé de façon brute leurs jours et leurs nuits. [...]

Rien à voir avec les personnages qu’il dépeint dans son film “Versailles”, rien à voir non plus avec les hommes ivres de pouvoir de “L’exercice de l’Etat” et pourtant... On retrouve dans ce documentaire la tendresse que Pierre Schoeller peut avoir pour ces héros. »

Depuis le mois de septembre, Arte Reportage vous donne rendez-vous tous les samedi à 18h35 pour découvrir les récits de cinéastes, écrivains ou photographes et décrypter l’univers des camps de réfugiés. L’ensemble de leurs travaux seront également déclinés sur le site d’Arte dédié à ce projet.

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17 septembre 2014 3 17 /09 /septembre /2014 00:56
Paroles de réfugiés

Ils sont réfugiés et n’ont jamais été aussi nombreux. Selon les chiffres fournis par l’ONU, plus de 51 millions d’êtres humains sont contraints de vivre sur une terre qui n’est pas la leur.

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Qui sont-ils ? Pourquoi sont-ils arrivés là ? Quel est leur avenir ? C’est pour répondre à ces différentes questions et raconter leur(s) histoire(s) que les équipes d’Arte Reportage, en partenariat avec l’UNHCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, sont parties à leur rencontre au Népal, en Irak, au Liban et au Tchad. Dans la foulée, seize artistes (réalisateurs, écrivains, photographes et auteurs de bandes dessinées) se sont installés trois semaines dans ces camps et ont rapporté des récits très personnels de leur expérience.

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C’est le cas pour les cinéastes Régis Wargnier et Pierre Schoeller, qui livrent deux films très personnels. Le premier s’est installé dans le camp de Beldangi, au Népal, et a choisi de suivre une famille du Bhoutan engagée dans un processus de réinstallation aux Etats-Unis. Le second est allé à la rencontre de réfugiés syriens au Kurdistan irakien, où il a confié aux réfugiés des caméras dont il a utilisé une partie les images. « Avant de filmer, je n’avais aucune idée de la vie d’un réfugié, même si enfant j’ai vécu un grand déracinement en tant que fils de militaire, confie Régis Wargnier. Mais je me suis rendu compte que, tout au long de ma vie professionnelle, j’avais été confronté à des refugiés, que ce soient les Palestiniens au Liban avec Volker Schlöndorff pour Le Faussaire ou les Mongs en Guyane avec Francis Girod pour L’Etat sauvage ». Au Népal, où il est arrivé sans aucune préparation, le cinéaste a d’abord essayé de « comprendre avant de filmer ». « J’étais très maladroit, raconte-t-il. J’ai d’abord gardé les yeux grands ouverts, observé, puis j’ai filmé et tenté de raconter une histoire. »

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« Let My People Go », samedi 13 septembre à 18 h 35 sur Arte et sur arte.tv/refugies

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22 juillet 2014 2 22 /07 /juillet /2014 00:53
Réfugiés de Calais : le mouvement associatif à la hauteur, les autorités, non

article intégral publié ici http://blogs.mediapart.fr/blog/francois-g/170714/refugies-de-calais-le-mouvement-associatif-la-hauteur-les-autorites-non

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Dans la situation de crise que connait Calais, le mouvement associatif fait face aux besoins d’urgence malgré l’incompétence et l’incohérence des autorités, de la mairie au sommet de l’état.

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Quai de la Moselle, mercredi soir, vers 17 heures : une dizaine d’associatifs arrivent pour organiser la file d’attente des migrants. Poignées de mains, sourires, et un peu de temps pour connaître les besoins de l’un ou de l’autre. Trois nouveaux arrivants afghans ont besoin d’une tente et de couvertures. Un Erythréen a fait une mauvaise chute et a besoin de soins. Un Soudanais a oublié son téléphone portable à l’hôpital de Calais. A 18 heures les deux fourgons de l’Auberge des Migrants se garent en tête de la file d’attente, forte d’environ 300 réfugiés. D’autres arrivent du vestiaire mensuel du Secours Catholique avec un petit sac : des vêtements, une couverture, une paire de chaussures, et la file s’allonge. …/… Comme d’habitude, quelques SDF français se sont présentés dans la file d’attente et ont été servis. Une heure et demie après, 700 repas ont été distribués. Ceux des musulmans qui respectent le ramadan ont été emballés dans de la cellophane et seront consommés après le coucher du soleil. Parmi les réfugiés, une vingtaine de femmes, qui n’ont pas pu trouver de place dans le local qui leur est réservé route de Saint-Omer, et une cinquantaine de mineurs. …/…

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Des associations efficaces et coordonnées

Depuis deux semaines, les associations locales qui préparent des repas ne peuvent plus travailler sur le lieu de distribution, rue de Moscou. Celui-ci, après l’évacuation brutale par la gendarmerie, est fermé, et les deux bungalows de Salam et de l’Auberge des Migrants sont inaccessibles. Les serrures ont été changées par la ville et un gardiennage privé est chargé d’éloigner les anciens usagers. Pourtant, malgré ces décisions arbitraires, les associations continuent d’assurer leurs tâches. Salam et l’Auberge des Migrants préparent et distribuent un repas par jour. Le Réveil Voyageur circule de jungle en jungle pour servir des petits déjeuners. Emmaüs fournit des couvertures, en remplacement de celles détruites par les forces de police, ainsi que du pain provenant des invendus des supermarchés du Calaisis et du Boulonnais. Médecins du Monde amène des tentes, là aussi après la destruction de celles qui avaient été fournies les semaines précédentes, lacérées et compressées en déchèterie. Le Secours Catholique fournit des vêtements et des chaussures. Calais Ouverture et Humanité informe et cherche à susciter des initiatives de solidarité des Calaisiens. L’association No Border a ouvert un nouveau squat dans un bâtiment industriel inoccupé, et organise avec une cinquantaine de migrants le fonctionnement du site. Autour de ces structures, de nombreux Calaisiens viennent donner un coup de main ponctuel, ou collectent autour d’eux des vêtements et de la nourriture. …/…

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Les autorités créent du désordre et de la violence

On ne peut pas en dire autant du côté des autorités. Depuis fin mai, face à l’augmentation du nombre de réfugiés, et probablement sous la pression combinée du ministère de l’intérieur, des autorités britanniques et de l’extrême-droite locale, Nathalie Bouchart, sénateur-maire, et son équipe, tentent de faire disparaître les migrants du paysage urbain et portuaire. C’est à la demande de la mairie que le préfet a mis en place début juin l’opération d’évacuation de deux camps installés près du port, puis celle du lieu de distribution, début juillet, investi par les migrants sans abri. La mairie ne respecte plus la convention qu’elle avait signée avec les associations Salam et l’Auberge des Migrants, pour la mise à disposition du lieu de distribution. Après avoir lancé aux Calaisiens en fin d’année dernière un appel à la délation concernant l’ouverture de squats, elle a promulgué deux arrêtés municipaux contre le bivouac et les rassemblements de personnes, dans le secteur de la ville le plus fréquenté par les migrants. Du côté de l’Etat, le préfet Denis Robin a exécuté, sans enthousiasme, les opérations demandées par la mairie. Il a cessé de dialoguer avec les associations.

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L’hygiène publique n’est pas assurée, car on n’installe pas les toilettes et les douches nécessaires. En définitive, les autorités ajoutent du désordre au désordre, de la violence à la violence, et elles ont rompu les ponts avec le mouvement associatif. Nathalie Bouchart innove même, tentant de diviser les associations en attaquant No Border, qui serait un repaire d’extrémistes venus d’ailleurs, et qui n’est de fait qu’une aile radicale et utopiste de jeunes, dont les initiatives sont soutenues par des associations aussi dangereuses que Médecins du Monde et Emmaüs … et dont le préfet lui-même a reconnu qu’elles avaient leur utilité.

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8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 00:47

« Libération », 4 juillet 2014

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Soudanais, Afghans… ils sont des centaines à vivre là, les yeux rivés vers l’Angleterre. « Libération » les a suivis de camps en squats, alors que les expulsions se multiplient

par Haydée Sabéran
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http://www.liberation.fr/societe/2014/07/04/enfermes-dehors-a-calais_1057458
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Il n’y a plus rien quai de la Loire à Calais, juste une esplanade vide devant le port, et des grilles pour empêcher de rentrer. Pendant huit mois, il y a eu un camp de tentes et de bâches en pleine ville, peuplé de migrants afghans et syriens. Il a été évacué par les bulldozers, le 28 mai. Le soir même, il a resurgi. A nouveau un camp de tentes et de bâches, que les migrants appellent « Salam ». Il a suffi de traverser la rue. Ils y ont rejoint quelques Erythréens et Soudanais qui fuyaient un autre camp le long du canal, promis aussi à la destruction. A Calais, les migrants migrent. On les expulse, mais ils ne disparaissent pas, sauf quand ils passent en Angleterre. Et d’autres arrivent. Pendant une quinzaine de jours, on est allé les voir, là où ils étaient. En attendant d’être à nouveau évacués.
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MARDI 10 JUIN 14 HEURES
Au soleil, les Afghans jouent au cricket, les Erythréens au foot. Cernée de grilles, à l’entrée du port de Calais, l’aire du repas des migrants ressemble à une cour de prison. « En prison, c’est mieux, tu as deux repas par jour », grince un Afghan. Ici, il n’y en a qu’un, sauf le week-end. « Faites venir des grands bateaux pour l’Angleterre, continue-t-il. Fini Calais. Tout sera propre, les gens tranquilles ».
Il faut se baisser pour entrer dans « Salam » - les migrants ont fini par donner au lieu ce nom, celui d’une des associations qui donne les repas. On s’y glisse par deux entrées, déchirées dans le grillage. Côté port, l’odeur des trois toilettes de chantier qui débordent. Côté rue, les poubelles. Une esplanade d’asphalte, des préaux, six robinets d’eau froide, des tentes, et du monde, nuit et jour. Des hommes jeunes, Afghans, Erythréens et Soudanais surtout, quelques Syriens, des Kurdes. Ce 10 juin, 300 personnes dorment là, sur les 800 migrants qui peuplent Calais. Fin mai, ils ont été 150 à se réfugier à Salam, quand le préfet, au prétexte de soigner une épidémie de gale, a fait évacuer le camp, sous l’œil des caméras. On était à quelques jours des fêtes maritimes, Calais attendait le touriste. Alors des migrants ont traversé la rue et se sont installés à Salam.
Où aller ? Partir, ils ne demandent pas mieux, mais en attendant de passer en Angleterre cachés dans les camions, il faut bien vivre. Dans les dunes, les forêts, les squats, et Salam. Certains, angoissés à l’idée d’une expulsion vers l’Afghanistan ou même vers l’Italie ou la Bulgarie, où ils ont leurs empreintes digitales, ont filé à Paris. A Calais, on les croise dans les rues, au supermarché, sur une bande d’arrêt d’urgence, sur une aire d’autoroute ou allongés dans l’herbe, sur un rond-point.
La nuit, ils courent, marchent, se cachent de la police, des vigiles, des passeurs. Le matin, ils essaient de dormir. L’après midi, certains font 10 kilomètres aller-retour pour rejoindre l’accueil de jour du Secours catholique, seul endroit pour souffler, boire du café, s’asseoir sur une chaise ou déposer une demande d’asile. Ils avaient promis au préfet de rester à Salam quarante-huit heures. Un mois plus tard, ils sont 600 sur l’aire du repas, un millier dans la ville. Où aller ?

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17 HEURES
« Vous avez une tente ? ». L’adolescent syrien a le visage poupin et un excellent anglais. Il tombe de haut : il croyait qu’il suffisait d’être nouveau pour obtenir une couverture, une tente. Médecins du monde en a distribué quelques-unes en urgence quand celles du port ont été passées au bulldozer. Aujourd’hui, il n’y en a pas. Le jeune Syrien a fui une « jungle » des environs de Dunkerque avec sa famille. « Là-bas, les passeurs se tirent dessus à l’arme à feu. L’autre jour, ils nous ont fait monter dans un camion frigo. On a tapé pour sortir, le chauffeur ne nous a pas ouvert tout de suite, il a d’abord fait baisser la température du frigo. On s’est dit "ça suffit" ». A la distribution du repas, une longue file d’attente, une bousculade, le préau vibre. Jean-Claude Lenoir, de l’association Salam : « Y a aucune chance que ça se passe bien, et pourtant, ça se passe bien ». Il veut dire « sans bagarre ». Les migrants mangent debout, ou par terre, au milieu des mouettes qui grappillent.
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19 H 30
Dans son portefeuille, la photo de ses frères et de sa petite amie infirmière, tous en Angleterre, « avec des papiers et un travail », sauf lui. Mohammad-Shirin, 28 ans, ne demande « rien, pas d’aide sociale, juste des papiers », pour être comme eux. « Je veux construire ma vie, rester un humain ». En 1999, à 13 ans, il était à Sangatte. « En Angleterre, j’ai vécu dans une famille d’accueil, je suis allé à l’école. A ma majorité, je n’ai pas eu les papiers. J’ai travaillé, même payé des impôts. Puis j’ai été expulsé en Afghanistan. Un bombardement français a tué mes parents et un de mes frères, et j’ai été blessé ». Un groupe de migrants décide d’une grève de la faim pour le lendemain. Mohammad-Shirin se joint à eux. Quelques jours plus tôt, il était monté en haut d’une grue et menaçait de sauter.

22 HEURES
Des dunes coincées entre l’autoroute et la plage. Des sacs plastiques accrochés aux genêts, et des cabanes jonchées de couvertures et d’habits abandonnés, dans un décor de zone naturelle protégée, de sable et d’oyats. Un homme seul fait les cent pas autour de son sac de couchage et de sa bouteille d’eau. Un Kurde d’Irak. Des migrants assurent qu’il a perdu la raison. A la nuit tombée, une voiture dépose deux silhouettes. C’est Yasin, 21 ans, et Rahmatullah, 20 ans, Afghans, un carton de pizza à la main. « Entrez », dit Yasin. On retire nos chaussures. La cabane est impeccable, des posters L’Oréal sur les murs de bâche, des visages de femmes. Une vieille batterie produit de la lumière au plafond. Yasin est venu ici juste après la destruction du camp de tentes du port. « J’ai fabriqué ma cabane petit à petit. Quand ils ont détruit les tentes, j’étais prêt. Tout le monde est parti vers Salam, je suis venu ici ». Ils arrivent de Belgique, ils ont marché huit heures. « On a pris un camion dans le mauvais sens ». Ils se sont douchés et reposés chez une bénévole. C’est elle qui les a déposés en voiture.
Yasin a déjà connu Calais, et l’Angleterre. « Quand j’ai eu 18 ans, ils m’ont expulsé vers l’Afghanistan. En Angleterre, je vivrai clandestin ». Ça fait dix mois qu’il essaie de passer. « Si Dieu le veut, il peut aveugler les vigiles du port, le temps de mon passage ». Il rit : « Mais la chance s’est endormie ». Avec ses traits tirés, ses joues creuses, on lui donnerait plutôt 31 ans que 21. « L’immigration britannique m’a interrogé, je n’avais pas grand-chose à dire. Normal, quand tu pars de chez toi à 13 ans. Je savais de ma famille qu’on avait des problèmes, mais lesquels ? Ils m’ont demandé comment mon père a été tué. J’étais incapable de répondre, ils ont dit que je mentais. Au retour en Afghanistan, j’ai eu l’impression d’être un nouveau-né. Il fallait tout recommencer ».
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MERCREDI 11 JUIN 10 HEURES
La grève de la faim commence. L’un des grévistes a mis un bout de Scotch sur sa bouche. Mohammad-Shirin a menacé de se coudre les lèvres.
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20 HEURES
Retour dans les dunes. Un groupe d’Afghans discute dans les derniers rayons de soleil. Ils invitent à s’asseoir, s’excusent de ne pas avoir de thé à offrir. Les policiers viennent souvent détruire les cabanes, ou les réveiller pour les chasser. « En Afghanistan, les talibans nous tuent. Ici, on ne nous laisse pas vivre », sourit Wazmin, Afghan pachtoune, 24 ans, dont dix passés à errer. Voilà Rahman (1), 32 ans. Il grimpe la dune, et rejoint le groupe, souriant, essoufflé. « Parfois, on se chamaille : "T’es pas allé chercher de l’eau ? C’est ton tour !". On est fatigués. Notre vie s’appelle fatigue ». Il raconte à toute vitesse une histoire de passeurs entre l’Iran et Dubaï. A Dubaï, les gardes-côtes ont fait rebrousser chemin à son passeur. Plutôt que de le ramener sur les côtes iraniennes, celui-ci voulait le déposer sur une île désertique et montagneuse. Rahman dit devoir la vie sauve à un autre passeur, afghan comme lui, qui passait par là et a pris sa défense. Il dit avoir vu des corps de migrants morts de soif sur l’île.
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Enfermés dehors à Calais

JEUDI 12 JUIN 9 HEURES
Un thé, au café Saint-Germain avec Ismaïl, 26 ans, Kurde d’Iran, bijoutier. Il a quitté l’Iran sur un coup de colère. « C’était la Saint-Valentin. La police avait fermé ma bijouterie quelques jours pour me punir d’avoir vendu des petits cœurs d’or entrelacés. J’en ai eu marre. Je suis parti ». Il ne tient pas le choc. « Au début, je tentais presque toutes les nuits. Là, mes pieds sont abîmés, et je n’en peux plus. J’aimerais dormir un mois ».
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11 HEURES
Ils sont une quarantaine, très jeunes, parfois ados. Ils ont quitté l’Erythrée pour échapper au service militaire illimité, un bagne. Beaucoup dorment, après une nuit dehors. Les autres offrent du thé sucré. Juste à côté, une usine de dentelle. On entend le « fshhhh… fshhhh… » des machines. C’est le squat rue de Vic, une maison de ville de deux étages, abandonnée, un des quatre squats ouverts par les militants de No Border. Il est promis à l’expulsion en septembre. Ils racontent des voyages d’apocalypse vers Lampedusa ou la Sicile, les prisons libyennes surpeuplées, le racket des matons. « Ils te gardent, exigent de l’argent, tirent sur ceux qui s’évadent ». Abraham, 20 ans, a passé huit jours en mer, dix morts de soif sur son bateau. Quelqu’un frappe à la porte. C’est Célina, une petite jeune femme blonde, bandeau dans les cheveux, de l’association le Réveil voyageur. Elle passe tous les jours, dépose du pain de la veille donné par des commerçants. Elle a commencé à militer quand la page Facebook « Sauvons Calais » est née, créée par un groupuscule d’extrême droite, dont le fondateur, Kévin Rèche, porte une croix gammée tatouée. « C’est comme si ça m’avait réveillée. Je ne veux pas laisser un monde comme ça à mes enfants ».
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13 HEURES
Rocade en direction des ferries. A chaque embouteillage, c’est pareil. En plein jour, des dizaines de migrants arrivent du chemin en contrebas et traversent l’autoroute pour grimper sur les camions à l’arrêt en espérant ne pas se faire pincer. Ils ont une chance infime d’y arriver, ils comptent sur le nombre. Deux voitures de police sont là pour les cueillir. « Certains chauffeurs ont des bâtons, raconte Abraham. J’ai été frappé avant-hier ». Kebrom, 15 ans, a une plaie au bras : « Hier soir, trois policiers, j’étais seul, à Laffa ». « Laffa », c’est « le tournant ». Une route à angle droit dans la zone industrielle : au moment où les camions sont contraints de ralentir pour tourner, on grimpe. « Ils m’ont frappé avec un bâton quand ils ont ouvert la porte du camion. J’essaie de ne plus y penser, mais je n’y arrive pas. Ça donne envie de mourir ».
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VENDREDI 13 JUIN 15 HEURES
Troisième jour de grève de la faim, ils sont trente, allongés sous la tente dressée au milieu de la cour, mais personne ne parle de la grève. Un agent de sécurité a tiré sur deux Soudanais. Adam Joseph a pris une balle dans le dos, son ami a été touché au bras. « Je n’ai rien entendu, mais j’ai senti quelque chose en moi. J’ai mis ma main, j’ai vu du sang. J’ai essayé de courir, je suis tombé », raconte-t-il après sa sortie de l’hôpital. Le tireur calaisien est en prison, il sera jugé lundi. « J’ai 45 ans, lui 25, il pourrait être mon fils », s’étonne Adam.
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MERCREDI 18 JUIN
Le préfet propose aux migrants de demander l’asile, en échange d’une place d’hébergement d’urgence quelque part en France, et promet « un dispositif un peu exceptionnel ». Selon les associations, 115 ont pris le préfet au mot. Même s’il y a déjà une cinquantaine de demandeurs d’asile sans logement à Calais.
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VENDREDI 20 JUIN 21 HEURES
Place d’Armes, un écran géant pour voir la rencontre France-Suisse. A quelques mètres, un concert en plein air : c’est la Journée du réfugié. Il fait doux, les Calaisiens sont dehors, les migrants aussi. Une partie des migrants regardent le match debout face à l’écran, les autres dansent devant le concert. A chaque but, c’est l’explosion en terrasse, et ceux qui dansent courent vers l’écran géant voir l’action. Christian Salomé, de l’Auberge des migrants, trouve « génial » tous ces exilés qui exultent à chaque but français. Au dixième jour de grève, Jan, un Afghan, porte-parole des grévistes, est encore debout. Rahman, l’homme croisé dans les dunes, soupire : sur le parking, impossible de passer depuis trois jours. « Les passeurs ont formé trois équipes réparties sur vingt-quatre heures, et ils ne nous laissent plus aucun créneau pour passer sans payer. C’est bloqué ». Quelques jours plus tôt, des passeurs afghans les avaient expulsés des dunes, lui et ses compagnons. « Ils nous réclamaient 1 000 livres [1 250 euros] chacun pour avoir le droit de rester. Ils étaient armés ». Il a trouvé une tente pour dormir à Salam.
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JEUDI 26 JUIN 15 HEURES
Squat Victor-Hugo. Des femmes et des enfants. Plus de 60 personnes, d’Erythrée et d’Ethiopie, la plupart allongées au sol, dorment de retour d’une nuit au parking. Le squat est interdit aux hommes. Ouvert par les militants de No Border il y a un an, pour protéger les plus vulnérables, il a été confié aux éducateurs de l’association Solid’R. Il doit être vidé, la propriétaire veut louer. Le préfet a promis un bâtiment à Calais Nord, le quartier de restaurants et de bars de la ville. Mais la mairie freine des quatre fers. « Je suis inquiète, où va-t-on aller ? », dit Sarah, 17 ans, lycéenne qui a fui l’Erythrée pour échapper au service militaire, obligatoire aussi pour les filles. Faute de place ici, des femmes et des enfants vivent dehors, à Salam. Où 600 personnes dorment désormais. L’asphalte est presque recouvert de tentes. On y retrouve Ismaïl, le bijoutier kurde. Il a un œil au beurre noir, une fracture à la pommette. « Un passeur. J’étais monté seul dans le camion. Il a même tapé le chauffeur. Je suis allé porter plainte, les policiers rigolaient ».
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17 H 30
Un attroupement inquiet à l’entrée de Salam. La mairie a fait déposer un mémoire de 107 pages, avec lettres de riverains, pour réclamer l’expulsion du campement, au motif qu’il est dangereux, insalubre, gêne les voisins. « Expulsés ? Pour aller où ? », demande Muslim, jeune Afghan. A la mairie, on n’a pas la réponse. « Le problème doit être réglé par les services de l’Etat ». Les associations relèvent que la mairie ne ramasse plus les poubelles de Salam, et ne vidange pas les toilettes chimiques comme prévu. La tente des grévistes de la faim est vide. Hospitalisés les uns après les autres, ils ont laissé tomber. Le lendemain, en fin de journée, Natacha Bouchart, la maire UMP, obtient le feu vert du juge administratif pour faire évacuer les migrants de Salam. Reste à savoir quand.

VENDREDI 27 JUIN
Dans la nuit, une bagarre sur l’aire d’autoroute de Saint-Hilaire-Cottes, la dernière avant Calais sur l’A26. Trois blessés, deux Erythréens, un Albanais. Ce dernier est touché à la tête, dans un état sérieux. « Des passeurs albanais voulaient prendre le contrôle de l’aire », croit savoir une bénévole. Le substitut du procureur, Brice Partouche, au parquet de Béthune, est prudent : « A priori, plutôt des Albanais et des Erythréens qui ont voulu prendre le même camion, ça a dégénéré ». Passeurs ou pas, c’est « la catastrophe »,soupire Nan Suel, de l’association Terre d’errance : « Les victimes se bouffent entre elles ».
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MERCREDI 2 JUILLET 6 H 30
Policiers et gendarmes encerclent l’aire du repas. Gaz lacrymogènes malgré les enfants, panique, les plus alertes escaladent les grilles. Trois membres d’associations arrêtés, des journalistes éloignés de force, 540 migrants embarqués dans des bus. Pareil dans les trois principaux squats. Au total, 610 personnes envoyées vers des commissariats à Boulogne-sur-Mer, Lille, Arras, dont 121 mineurs dirigés, eux, vers des centres d’accueil. Le soir même, à la distribution du repas à un rond-point près de Salam, au moins 200 étaient revenues, à pied ou en train. D’autres se sont installées dans les forêts, près des parkings de poids lourds alentour.
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JEUDI 3 JUILLET 10 HEURES
Selon la Cimade, 204 Afghans, Soudanais et Erythréens ont été placés en rétention dans toute la France, à Rouen, Rennes, Metz, Lille, et en région parisienne, mais pas à Coquelles, pourtant à 6 kilomètres de Calais. « Or Coquelles est vide, indique un porte-parole. C’est la preuve qu’il s’agit avant tout d’éloigner les gens de Calais. Ils reviendront. Ils ont traversé plusieurs pays, ils pourront traverser la France ».
A Salam, le personnel municipal nettoie. Au rond-point, le Réveil voyageur distribue pain et bananes. Quelque 300 migrants font la queue, parlent de trouver une tente, une couverture. Les leurs ont été embarquées la veille. Un Afghan raconte qu’il a tenté le passage cette nuit, en vain. Abderrahman, 25 ans, du Darfour, raconte qu’à son arrivée à Arras, la police lui a dit : « Go ! ». Il est revenu. Tout recommence.
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(1) Le prénom a été modifié. Le reportage photo de Lionel Charrier sera exposé aux Rencontres d’Arles, du 7 au 13 juillet.


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http://www.liberation.fr/societe/2014/07/04/enfermes-dehors-a-calais_1057458

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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 00:28
Immigration: les réfugiés cherchent leur route, l'UE aussi

Publié intégralement ici http://www.lepoint.fr/monde/immigration-les-refugies-cherchent-leur-route-l-ue-aussi-17-05-2014-1824703_24.php

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Il y a un an, Sabur, Ehsanullah et Mohammad laissaient maison et travail en Afghanistan; il y a quatre mois, leurs femmes et leurs enfants périssaient dans un naufrage entre la Grèce et la Turquie, et il y a quelques semaines, bloqués à Athènes, ils les faisaient enterrer loin d'eux.

La question qui se pose pour ces trois Afghans au destin fracassé concerne aussi l'UE et l'avenir de sa politique migratoire à l'issue des élections du 25 mai.

Un scrutin dont les trois veufs n'ont évidemment pas entendu parler. Tout juste l'un d'eux savait-il qu'"en Europe, les étrangers ne sont pas toujours bienvenus".

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Ce qui ne les a pas dissuadés de tenter leur chance. D'ailleurs, Ehsanullah Safi, gaillard râblé de 38 ans, avait déjà vécu et travaillé dans plusieurs pays d'Europe, avant d'être expulsé.

Pour ce nouveau départ vers une "vie plus sûre", entrepris depuis la province afghane de Kunar (nord-est), sa famille l'accompagnait: une épouse, deux petites filles, deux jeunes garçons.

Ils ont péri près des côtes grecques dans la nuit du 19 au 20 janvier lorsque leur bateau, à bord duquel ils avaient embarqué en Turquie, a chaviré avec 28 personnes à bord.

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L'un des plus sordides "drames de l'immigration" vécus par la Grèce: outre les trois femmes et huit enfants noyés, la responsabilité des garde-côtes grecs, qui remorquaient l'embarcation, est en cause.

Les rescapés les accusent d'avoir tenté de ramener le bateau vers la Turquie -pratique interdite par le droit international-, d'une vitesse excessive, d'inaction voire de brimades envers les migrants en perdition. Des enquêtes sont en cours.

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"Depuis que je sais distinguer ma main gauche de ma droite, je vis dans un pays en guerre. Est-ce un crime de vouloir vivre en paix ?", s'interroge Sabur Azizi, 31 ans, qui tenait à Kaboul un magasin d'articles ménagers, avait "une maison, une voiture". Il n'a rien pu faire pour sauver sa femme et son fils de 11 ans.

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Chaque tragédie suscite son lot d'indignation.

Mais les dirigeants européens se sont limités ces derniers mois à renforcer le dispositif Frontex - agence chargée de la coopération et de la surveillance aux frontières extérieures de l'UE- et d'accroître la coopération avec les pays de départ ou de transit pour faire intercepter les migrants avant qu'ils n'atteignent l'Europe.

Modifier les règles de l'asile pour redistribuer les flux entre nord et sud de l'Europe reste tabou au moment où les partis populistes ont le vent en poupe. Le traitement des demandes d'asile incombe aux autorités du pays d'arrivée.

"L'Europe nous laisse seuls", a accusé cette semaine le chef du gouvernement italien Matteo Renzi après un nouveau naufrage.

Plus inaudibles encore politiquement, les appels des organisations de défense des droits de l'homme et de plusieurs chercheurs à sortir d'une logique de "forteresse" jugée contreproductive.

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La Commission européenne elle-même avait semblé mesurer le problème en proposant fin 2013 d'ouvrir de nouveaux canaux pour l'immigration légale et des visas humanitaires. Refus des Etats membres.

"On pense renforcer le contrôle à coup de milliards, mais on renforce les filières clandestines et on autoproduit ce fantasme d'invasion avec les images de ces barques à l'assaut à l'Europe", déplore Olivier Clochard, du réseau associatif Migreurop.

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Après avoir attendu plusieurs semaines la remontée des corps de leurs proches, ainsi que l'issue des démarches pour leur enterrement - en Turquie ou en Afghanistan -, Sabur, Ehsanullah et Mohammad attendent dans un hôtel payé par la mairie un hypothétique visa d'accueil en Norvège ou en Allemagne.

"Mon meilleur souvenir de la Grèce, ce sont les avocats qui nous aident et les antidépresseurs des médecins", dit Esanullah.

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24 mai 2014 6 24 /05 /mai /2014 08:12
Au bout du chemin, l’Algérie - France inter

émission Interception du dimanche 18 mai 2014 : Au bout du chemin, l'Algérie

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L’Algérie est un pays d’Emigration ; ça, c’est connu. Ce qui l’est moins, c’est que c’est aussi une terre d’Immigration. Du continent africain, du sud vers le nord, des migrants affluent et s’installent sur le sol algérien, à Alger surtout, mais aussi à Oran, Constantine, Tamanrasset...

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Ils viennent de Côte d’Ivoire, de la République Démocratique du Congo, du Niger, du Mali, de Centrafrique. Combien sont-ils ? 100.000 à 300.000 selon les estimations ; de quoi peupler une grande ville, quoi qu’il en soit. Ils tentent de se rendre invisibles et pour cause : ici, les titres de séjour n’existent pas, il n’y a jamais de régularisation. Les demandes d’asile, pour la plupart, sont vouées à l’échec. Le géographe et spécialiste des migrations Ali BENSAAD avance cette explication : « Délivrer le statut de réfugié politique, c’est reconnaître la notion d’opposition politique… En Algérie, c’est impensable ».

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Noirs et majoritairement chrétiens, ces migrants subsahariens subissent bien souvent le racisme. Ils continuent pourtant d’affluer en Algérie pour quelques mois ou quelques années. Parmi eux, il s’en trouve toujours qui rêvent d’Europe... d’autres qui ont renoncé à traverser la Méditerranée (les naufrages que rapporte la télévision ont eu un effet dissuasif), d’autres, encore, qui finissent par voir en ce pays leur planche de salut, l’ « Eldorado » africain qui leur offrira une nouvelle vie, loin de la guerre, loin de toutes les misères.

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(ré)écouter cette émission

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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 00:59

Article intégral http://www.lesinrocks.com/2014/03/09/actualite/un-roi-clandestin-fahim-temoignage-sans-papiers-echecs-11486123/

 

Sans-papiers et à la rue, Fahim était presque mat. En remportant le championnat de France d’échecs des moins de 12 ans il y a deux ans, il a réussi à renverser une partie mal engagée. Il témoigne aujourd’hui de son incroyable aventure dans “Un roi clandestin”. “Avec ce livre, j’espère aider d’autres personnes.”

Nous partons. Mon père et moi, seuls. Nous sommes le 2 septembre 2008, le jour le plus horrible de ma vie. J’ai huit ans. J’ai tout perdu. Ma vie est finie.

“Un roi clandestin”, le livre-témoignage de Fahim, sans-papiers sauvé par les échecs

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En avril 2012, Le Parisien et Les Inrocks* consacrent chacun un article à “Fahim, 11 ans, sans-papiers et champion de France d’échecs”, mais c’est l’émission de Thierry Ardisson, Salut les Terriens, en mai de la même année, qui va déclencher l’intérêt de l’éditeur.

…/…

Bonjour Monsieur Fillon, bonjour France Inter. La France a découvert hier que son champion d’échecs des moins de douze ans est un jeune Bangladais en situation irrégulière depuis 2008. De ce fait, il ne peut pas participer aux championnats internationaux.” Marion, l’auditrice qui a passé ce coup de fil le 4 mai 2012, a fait basculer le destin de Fahim et de son père: quelques jours plus tard, ils obtiennent une autorisation de séjour. “Je redeviens une personne normale”, dit Fahim en conclusion d’Un roi clandestin.

…/..

 

Christophe Mollo

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27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 05:31
Alvina, embauchée à l'hôtel qui l'avait abritée

Publié par Ouest France http://www.jactiv.ouest-france.fr/ils-sactivent/initiatives/alvina-embauchee-lhotel-qui-lavait-abritee-25316

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Réfugiée politique après avoir été sans-papiers, cette Géorgienne de 24 ans vient d'être embauchée en contrat d'apprentissage... dans l'hôtel qui l'hébergeait à son arrivée, en 2011 !

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L'histoire

Le Pot d'Étain fait partie des hôtels de la région briochine souvent sollicités par le 115 ou le conseil général pour héberger des demandeurs d'asile. Et, ils le disent eux-mêmes, des liens se créent parfois, entre Christophe et Laurence Ménard, les propriétaires, et certains de leurs « hôtes ».

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Alvina, 24 ans, compte parmi ceux-là. En 2011, elle n'avait pas de papiers et occupait, avec ses deux enfants, une chambre d'hôtel. Aujourd'hui en situation régulière, elle vient d'intégrer l'équipe du restaurant de l'hôtel en tant qu'apprentie cuisinière.

« Il y a quelques mois, elle est venue nous voir en me demandant : tu te souviens de moi Laurence ? J'ai habité chez vous pendant deux mois », raconte Laurence Ménard. Et de confier : « On ne peut pas oublier sa bonne humeur et son joli sourire ! »

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Un contrat tout frais !

L'intéressée, qui se tient à côté d'elle, est radieuse. Elle vient de signer son contrat d'apprentissage il y a tout juste une semaine. Avec un joli accent, dans un français approximatif mais avec un débit rapide, elle raconte son enfance passée à Tbilissi (capitale de la Géorgie, petit pays du Caucase), élevée par ses grands-parents, sa rencontre avec son mari à 14 ans, la naissance de son premier enfant à 15 ans...

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2011. Avec ses deux enfants de six et quatre ans, Alvina quitte sa Géorgie natale et rejoint son mari à Saint-Brieuc. …/… Depuis 2013, le couple et leurs deux enfants se trouvent en situation régulière. Ils sont reconnus comme réfugiés politiques.

« Ils sont gentils avec moi »

Alvina suit des cours de français, ses deux enfants sont scolarisés. Elle n'a qu'une envie : travailler. Mais avant, il faut se former. « En Géorgie, j'avais déjà travaillé dans la vente et la restauration, mais je n'ai jamais fait de formation. » Une situation qui la motive à pousser la porte de l'établissement de Laurence et Christophe Ménard au mois d'octobre et à les solliciter pour un contrat d'apprentissage en cuisine. « On a eu envie de lui filer un coup de pouce, on a dit OK ! »

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Mais la rentrée a déjà démarré au Centre de formation des apprentis. Qu'à cela ne tienne ! Laurence Ménard ne se démonte pas.

Avec Alvina, elles se rendent à Ploufragan et rencontrent Bernard Le Court, directeur adjoint. « Leur enthousiasme m'a touché », témoigne ce dernier. Il a accepté de mitonner un programme adapté qu’Alvina va découvrir dans les prochaines semaines. En attendant de se retrouver sur les bancs de l'école, Alvina apporte son énergie positive dans la petite cuisine du Pot d'Étain. Les patrons lui ont avancé de quoi travailler : les ustensiles, la tenue... « Ils sont gentils avec moi », répète sans cesse Alvina, comme si la vie ne lui avait pas souvent réservé de telles rencontres.

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Véronique CONSTANCE

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19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 05:54
« Les Evadés » : l’intégration des migrants de Lampedusa est possible

Rue 89

« Les Evadés » : l’intégration des migrants de Lampedusa est possible

Vidéo : http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=3PRuUG2TCTQ

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Dans le journal de France 2, ce samedi, un très beau sujet magazine sur les migrants de Lampedusa. Signé par Michel Mompontet et cinq autres journalistes.

Le reportage commence en mer, la nuit, lors de l’opération de sauvetage d’un bateau. On y voit les migrants dans un état second, après dix jours de voyage – des enfants même pas en âge de parler serrés contre leurs mères. La voix-off explique que ce groupe là va s’en sortir, il a eu la chance de croiser les gardes-côtes (l’équipe du sympathique commandant Indelicato).

Les autres, les centaines de familles qui coulent chaque année, terminent dans des cercueils. Le reportage nous les montre : ils sont marrons pour les adultes et blancs pour les enfants. Tous numérotés.

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Puis, ce qui est plus rare, le reportage raconte la vie des survivants.

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Les journalistes passent du temps dans un centre de rétention de Lampedusa. Les migrants vivent dans des grandes tentes bleues, la plupart du temps ils sont exploités par des producteurs locaux (payés 1,70 euro par heure). Ils sont aussi soumis aux règles mafieuses du camps. La maire de Lampedusa, qui tente d’améliorer leurs conditions de vie, subit des menaces.

Puis, dans la dernière partie, le reportage change de ton et il devient passionnant. Une alternative est proposée à la mort et l’exploitation, nous explique-t-on. Les journalistes suivent des jeunes filles venues d’Erythrée, installées dans le petit village italien d’Acquaformosa. Le maire de la ville, Giovanni, a lancé un programme d’intégration, il y a trois ans, financé par des fonds européens. Le téléspectateur suit les jeunes femmes qui partent à la rencontre des habitants. Neema, qui parle un peu anglais et pas un mot d’italien, ne semble pas encore savoir quoi faire de cette nouvelle vie. Elle est passée par une prison du Soudan, avant d’arriver ici.

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Accueillis avec douceur et bienveillance

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A Acquaformosa, les migrants sont accueillis avec douceur et bienveillance car ils permettent d’envisager un avenir (la population est très vieillissante). Grâce à eux, l’école est remplie, l’équipe de foot renaît, le petit village s’anime. Un petit garçon venu du Nigeria mange des carbonara. Une famille Afghane invite la prof d’italien à prendre le thé. La voix-off rappelle que ce village a été bâti par une population immigrée d’Albanie. Tout s’y passe bien. Demain, seize nouveaux migrants doivent arriver.

Selon les journalistes, les maires des village italiens d’à côté viennent « en apprentissage » à Acquaformosa, afin de s’inspirer de l’initiative de Giovanni. La formule pourrait se répandre dans la vallée.

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Cette solution d’intégration coûte beaucoup moins cher à l’Europe que les camps de rétention, nous explique la voix-off :

« Et pourtant, neuf fois sur dix, ce sont les barbelés plutôt que l’humanité qui sont choisis. »

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Source TERRA : http://www.rue89.com/zapnet/2013/11/12/les-evades-lintegration-migrants-lampedusa-est-possible-247436

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